Poèmes mythologie

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Poèmes mythologie

Message par Nadej-isis le Lun 29 Mar - 21:27

Joachim Du Bellay
(1522-1560)
Vision


Une louve je vis sous l'antre d'un rocher
Allaitant deux bessons : je vis à sa mamelle
Mignardement jouer cette couple jumelle,
Et d'un col allongé la louve les lécher.

Je la vis hors de là sa pâture chercher,
Et, courant par les champs, d'une fureur nouvelle
Ensanglanter la dent et la patte cruelle
Sur les menus troupeaux pour sa soif étancher.

Je vis mille veneurs descendre des montagnes
Qui bordent d'un côté les lombardes campagnes,
Et vis de cent épieux lui donner dans le flanc.

Je la vis de son long sur la plaine étendue,
Poussant mille sanglots, se vautrer en son sang,
Et dessus un vieux tronc la dépouille pendue.

Nadej-isis

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Re: Poèmes mythologie

Message par Nadej-isis le Lun 29 Mar - 21:28


Philippe Desportes
(1546-1606)
Les Amours d'Hippolyte

(Premières œuvres, 1573)



Icare est cheut icy, le jeune audacieux,
Qui pour voler au Ciel eut assez de courage :
Icy tomba son corps degarny de plumage,
Laissant tous braves cœurs de sa cheute envieux.

Ô bien-heureux travail d'un esprit glorieux,
Qui tire un si grand gain d'un si petit dommage !
Ô bien-heureux malheur, plein de tant d'avantage
Qu'il rende le vaincu des ans victorieux !

Un chemin si nouveau n'estonna sa jeunesse,
Le pouvoir lui faillit et non la hardiesse,
Il eut, pour le brusler, des astres le plus beau.

Il mourut poursuivant une haute adventure,
Le Ciel fut son désir, la Mer sa sépulture.
Est-il plus beau dessein, et plus riche tombeau ?

(orthographe non modernisée)

Nadej-isis

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Re: Poèmes mythologie

Message par Nadej-isis le Lun 29 Mar - 21:32

Louise Labé (1524-1566)
Sonnet XIX



Diane estant en l'espesseur d'un bois,
Après avoir mainte beste assenee,
Prenoit le frais, de Nynfes couronnee :
J'allois resvant comme fay maintefois,

Sans y penser : quand j'ouy une vois
Qui m'apela, disant, Nynfe estonnee,
Que ne t'es-tu vers Diane tournee ?
Et me voyant sans arc et sans carquois,

Qu'as-tu trouvé, o compagne, en ta voye,
Qui de ton arc et flesches ait fait proye
?
- Je m'animay, respons je, à un passant,

Et lui getay en vain toutes mes flesches
Et l'arc apres : mais lui les ramassant
Et les tirant me fit cent et cent bresches.
(orthographe non modernisée)



Nadej-isis

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Re: Poèmes mythologie

Message par Nadej-isis le Lun 29 Mar - 21:35

Pontus de TYARD (1521-1605)
Épigramme de la fontaine de Narcisse
(Douze Fables de fleuves ou fontaines, vers 1555)

Narcisse aime sa sœur, sa chère sœur jumelle,
Sa sœur aussi pour lui brûle d'ardeur extrême ;
L'un en l'autre se sent être un second soi-même :
Ce qu'elle veut pour lui, il veut aussi pour elle.

De semblable beauté est cette couple belle,
Et semblable est le feu qui fait que l'un l'autre aime,
Mais la sœur est première à qui la Parque blême
Ferme les jeunes yeux d'une nuit éternelle.

Narcisse en l'eau se voit, y pensant voir sa sœur;
Ce penser le repaît d'une vaine douceur,
Qui coulée en son cœur, lui amoindrit sa peine.

De lui son nom retint l'amoureuse fontaine,
Dans laquelle reçoit, quiconque aimant s'y mire,
Quelque douce allégeance à l'amoureux martyre.

(orthographe modernisée)

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ARIANE

Message par Iness le Mar 30 Mar - 17:39

Ariane


À Jean Moréas.
Trêve aux plaintes, assez de sanglots;
Ce triste cœur est dévasté de larmes;
Et devenu pareil à un champ de combat,
Où la trahison de l’amant -
Sous son glaive aux éclairs meurtriers -
Coucha toutes les jeunes et puissantes joies
Mortes, baignées dans leur sang.
Et parmi tes roches plus clémentes
Que l’âme criminelle de Thésée,
Sur ton sol muet, ô farouche Naxos!
Ariane s’endort;
Tandis que sur la mer complice,
A l’horizon s’effacent
Les voiles blanches des trirèmes.
Elle dort. Les mélancoliques roses
Nées sous les pleurs,
Font albatréen son beau visage.
Et sur ses bras nus, aux joyaux barbares,
Frémissent les papillons d’ombre saphirine,
Que projettent les sapins
Dans le soir tombant. -
Le ciel a revêtu ses plus riches armures
D’or et de bronze.
* *
Mais, voici approcher le char
Et retenir les sistres;
Et voici le Dieu charmant
Dionisos,
Couronné du gai feuillage
Pris à la vigne sacrée.
Et, cependant que l’agreste troupe
Des Faunes et des Satyres
Demeure auprès des outres pleines,
Dionisos approche.
Sa nudité a la grâce triomphale
De l’impérissable jeunesse;
Et sa chevelure de lumière
S’embaume des aromates
Conquis aux Indes lointaines.
Au rythme prestigieux de sa marche,
Ses cuisses de héros
Ont l’ondoyance voluptueuse des vagues;
Et le geste de son bras victorieux qui porte
Le thyrse saint
Montre la toison fauve de son aisselle,
Attestant l’androgyne nature
De l’Animale - Divinité.
* *
Ariane endormie est pareille
A une neigée de clairs lotus.
Le Dieu ravi
S’émeut de délire célestement humain;
Et sa caresse comme un aigle s’abat
Sur le sein ingénu de la dormante belle,
Qui s’éveille alors.
Mais la flamme des yeux noirs
Du Dieu qui règne sur les sublimes ivresses
A consumé dans le cœur d’Ariane
Les douleurs anciennes;
Et séduite, elle se donne
Aux immortelles amours
Du Dieu charmant
Dionisos.
Marie Krysinska , Rythmes pittoresques

Iness

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Re: Poèmes mythologie

Message par Nadej-isis le Mar 30 Mar - 17:58

Atlas débridé



ourquoi partir au Nord ?
Si le Rhin s’en allait
De Bâle vers Belfort,
Droit vers l’Ouest filait …

Ah ! quel étrange coup !

Séparateur essai,
Si, d’un shoot italien,
La Sicile enfonçait
L’espace tunisien …

Cet échange découd !

La Crête en suspension,
Si soudain, par lubie,
Tombait d’inanition
Entre Egypte et Libye …

On change de licou .

Du Bechuanaland
Aller au Kamtchatka,
Faire un pont en guirlande
A Tanger, n’y a qu’à .

Ce mélange secoue .

Chypre et le Danemark
Pointent, montrent du doigt .
Eh bien, j’en fait remarque,
C’est mal, on ne le doit,

Ca dérange beaucoup .

D’un lapin bien replet
Nous tournent le derrière
Nor et Suf folk anglais !
Vers nous, j’en fais prière,

Ca démange tout à coup,

L’Angleterre à l’envers,
Comme si la concernait
L’Europe sans travers,
Si on la retournait !

Ce changement recoud !

Au lieu de regarder
Vers l’Ouest pardessus
Une Irlande scindée,
Elle serait mieux perçue .

Tu te venges ? Casse-cou !


Nadej-isis

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Les coquines légendaires

Message par Nadej-isis le Mar 30 Mar - 17:59

Les coquines légendaires



’Olympe et sa progéniture
A nous mortels viennent enseigner

De pérennes leçons, nues de fioritures,
Sur nos frêles destins : ils s’y sont résignés .

Faut-il que j’enfonce le clou ?
Ces dieux vinrent pour rassurer .

Mais n’a-t-on pas exagéré l’aide qu’on leur alloue ?
Ils ont bien mieux su nuire, cependant perdurer .

Et d’ailleurs le plus grand d’eux veille
Au dénouement écrit, prévu,

Quand il n’y prend sa part . On voit le prix qu’elles payent,
D’infortunées humaines, ou telles par leurs bévues .

On a déjà beaucoup glosé ,
Pour faire rire ou pour instruire,

Sur les folâtreries - quel euphémisme osé –
D’Hélène guerrogène que Pâris sut séduire ;

Car, reconnaissante, Aphrodite
Aidait cet aîné de Priam .

Seule fille de Zeus, cela ne l’accrédite,
L’épouse, en Ménélas, retrouva un dictame .

Tandis qu’elle tissait ses malheurs
Et d’autres, l’Envoûtée de Troie

Revit-elle son rapt par Thésée le tombeur,
Quand encore pré-nubile, et dans le désarroi,

Par ses frères ramenée à Sparte ?
Lorqu’enfuie de Lacédémone,

Pour aimer en Ilion, eut-elle la catharte ?
Certains ne veulent y voir l’apparente démone .

Entre les humains et les dieux,
Entre l’amour et sa Cité,

On la voit déchirée par son sort odieux ,
S’alliant à … Déophobe – Quelle exemplarité !

Comme le drame de dix ans
Dont on lui attribue la cause,

D’une fatalité, on voit les artisans,
Sans qu’un appel au Ciel réduise les psychoses .

De Léda, sa mère, elle tenait
La partie folle, adultérine,

Que le Cygne extorqua à son mari benêt,
D’où cette descendance appelée utérine .

Seconde autre terrestre « pure »,
(« Mixte », Hélène en eut peu de grâce !),

Danaé, sous pluie d’or en divine ouverture,
Enfantant de Persée, perdit son père hélas !

Qu’y fit son céleste amant ? Rien .
Europe, également bernée,

Par le même, en taureau, d’apparence terrien,
Mit au monde Minos, puis fut abandonnée

Au Roi crétois, dédommagé .
Mystifiée elle aussi, Alcmène,

Toujours par l’Olympien, sous les traits imagés
Du mari missionné avant de faire l’hymen,

Donna naissance à Héraclès
(et à un « jumeau » conjugal !) .

Le roublard, cette fois, tint Héra sans faiblesse .
Et fut pour sa maîtresse un soutien sans égal .

Mais la Jalouse réussit,
Contre une belle autre rivale ,

A ce que le coureur montre – quelle idiotie –
Son foudroyant visage, dont les flammes l’avalent .

Exit Sémélé . Mais avant
Cette crémation, on sauva

Dionysos, leur fils . Apprenons, nous, vivants,
Qu’on est bien peu de chose dans ces jeux de diva .

Nadej-isis

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Re: Poèmes mythologie

Message par Nadej-isis le Mar 30 Mar - 18:09

Cet article constitue un recueil de poèmes sur la mythologie grecque.


Iphigénie ou la fille sacrifiée

L'histoire oubliée d'une jeune fille sacrifiée pour la guerre. Poème en alexandrins.

Iphigénie par son père fut trahie
Pour les dieux et les hommes sur l'autel de la guerre
Honnie pour un crime qu'elle n'avait pas commis
Il fallut soit disant du courage à son père
Guidé par Ulysse il prit sa fille au piège
Et il la sacrifia pour calmer Artémis
Nul ne pu regarder l'horrible sacrifice
Il fallut qu'Artémis stoppe le sacrilège
Et emmène la jeune fille comme vestale à Auli


Esculape ou le châtiment de celui qui en fait trop

Le premier médecin de Grèce.

Esculape, le médecin, fils d'Apollon
Son père lui enseigna les arts de guérison
Comment apprit-il à ressusciter les gens?
Une herbe de l'ambroisie il mit en terre
Le médecin commença à dépeupler l'enfer
Alors Hadès demanda un châtiment
Puis Zeus foudroya son petit-fils imprudent
Et ainsi fut puni le dévouement d'un enfant.


Déjanire ou la mort d'Héraklès

Héraklès fut vaincu par une femme qui l'aimait.

D'Héraklès la jeune femme était follement éprise
Elle recu d'un centaure une soi-disant potion
Je le jure elle le ramènera en ta maison
Alors la femme se dit voici une aide précieuse
N'en parlant à personne, elle rangea le flacon
Il advint qu'un jour il lui fit du chagrin
Regardant dans un coffre, elle trouva le poison
Elle le donna à Héraklès, ce fut sa fin.

Nadej-isis

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Re: Poèmes mythologie

Message par sandrine jillou le Mar 30 Mar - 21:17


  • Théodore Agrippa d' AUBIGNÉ (1552-1630)

Vous qui avez écrit qu'il n'y a plus en terre



Vous qui avez écrit qu'il n'y a plus en terre
De nymphe porte-flèche errante par les bois,
De Diane chassante, ainsi comme autrefois
Elle avait fait aux cerfs une ordinaire guerre,

Voyez qui tient l'épieu ou échauffe l'enferre ?
Mon aveugle fureur, voyez qui sont ces doigts
D'albâtre ensanglantés, marquez bien le carquois,
L'arc et le dard meurtrier, et le coup qui m'atterre,

Ce maintien chaste et brave, un cheminer accort.
Vous diriez à son pas, à sa suite, à son port,
A la face, à l'habit, au croissant qu'elle porte,

A son oeil qui domptant est toujours indompté,
A sa beauté sévère, à sa douce beauté,
Que Diane me tue et qu'elle n'est pas morte.

sandrine jillou

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Hérode

Message par nisrine nacer le Mer 31 Mar - 9:23


  • Albert SAMAIN

Hérode



Mortelle à voir, avec ses yeux diamantins,
Aux pourpres d’un couchant cruel, sous les portiques,
Hérodiade, au lent vertige des cantiques,
Ondule, monotone, en roulis serpentins.

Les colliers ruisselants bruissent, argentins.
Dans l’air ivre, gorgé d’encens asiatiques
Sa robe a des éclairs de gemmes frénétiques ;
Et voici s’écarter ses voiles clandestins.

Et le roi sent, frisson d’or en ses chairs funèbres,
La vipère Luxure enlacer ses vertèbres ;
Et, tendant ses vieux bras de métaux oppressés,

D’une bouche repue, incurablement triste,
Pendant qu’à terre gît le chef de Jean-Baptiste,
Il boit le sang qui brûle au bout des seins dressés,

Et l’irritante horreur des grands yeux révulsés

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hèraklès...

Message par yassine le Mer 31 Mar - 13:34

Charles-Marie LECONTE DE LISLE
Hèraklès au taureau

Le soleil déclinait vers l'écume des flots,
Et les grasses brebis revenaient aux enclos ;
Et les vaches suivaient, semblables aux nuées
Qui roulent sans relâche, à la file entraînées,
Lorsque le vent d'automne, au travers du ciel noir,
Les chasse à grands coups d'aile, et qu'elles vont pleuvoir.
Derrière les brebis, toutes lourdes de laine,
Telles s'amoncelaient les vaches dans la plaine.
La campagne n'était qu'un seul mugissement,
Et les grands chiens d'Elis aboyaient bruyamment.
Puis, succédaient trois cents taureaux aux larges cuisses,
Puis deux cents au poil rouge, inquiets des génisses,
Puis douze, les plus beaux et parfaitement blancs,
Qui de leurs fouets velus rafraîchissaient leurs flancs,
Hauts de taille, vêtus de force et de courage,
Et paissant d'habitude au meilleur pâturage.
Plus noble encor, plus fier, plus brave, plus grand qu'eux,
En avant, isolé comme un chef belliqueux,
Phaétôn les guidait, lui, l'orgueil de l'étable,
Que les anciens bouviers disaient à Zeus semblable,
Quand le Dieu triomphant, ceint d'écume et de fleurs,
Nageait dans la mer glauque avec Europe en pleurs.
Or, dardant ses yeux prompts sur la peau léonine
Dont Hèraklès couvrait son épaule divine,
Irritable, il voulut heurter d'un brusque choc
Contre cet étranger son front dur comme un roc ;
Mais, ferme sur Ses pieds, tel qu'une antique borne,
Le héros d'une main le saisit par la corne,
Et, sans rompre d'un pas, il lui ploya le col,
Meurtrissant ses naseaux furieux dans le sol.
Et les bergers en foule, autour du fils d'Alkmène,
Stupéfaits, admiraient sa vigueur surhumaine,
Tandis que, blancs dompteurs de ce soudain péril,
De grands muscles roidis gonflaient son bras viril.

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Hylas

Message par yassine le Mer 31 Mar - 13:35

Charles-Marie LECONTE DE LISLE



Hylas

C'était l'heure où l'oiseau, sous les vertes feuillées,
Repose, où tout s'endort, les hommes et les Dieux.
Du tranquille Sommeil les ailes déployées
Pâlissaient le ciel radieux.

Sur les algues du bord, liée au câble rude,
Argô ne lavait plus sa proue aux flots amers,
Et les guerriers épars, rompus de lassitude,
Songeaient, sur le sable des mers.

Non loin, au pied du mont où croît le pin sonore,
Au creux de la vallée inconnue aux mortels,
Jeunes Reines des eaux que Kyanée honore,
Poursuivant leurs jeux immortels,

Molis et Nikhéa, les belles Hydriades,
Dans la source natale aux reflets de saphir,
Folâtraient au doux bruit des prochaines cascades,
Loin de Borée et de Zéphyr.

L'eau faisait ruisseler sur leurs blanches épaules
Le trésor abondant de leurs cheveux dorés,
Comme, au déclin du jour, le feuillage des saules
S'épanche en rameaux éplorés.

Parfois, dans les roseaux, jeunes enchanteresses,
Sous l'avide regard des amoureux Sylvains,
De nacre et de corail enchâssés dans leurs tresses
Elles ornaient leurs fronts divins.

Tantôt, se défiant, et d'un essor rapide
Troublant le flot marbré d'une écume d'argent,
Elles ridaient l'azur de leur palais limpide
De leur corps souple et diligent.

Sous l'onde étincelante on sentait leur coeur battre,
De leurs yeux jaillissait une humide clarté,
Le plaisir rougissait leur jeune sein d'albâtre
Et caressait leur nudité.

Mais voici, dans la brume errante de la plaine,
Beau comme Endymion, l'urne d'argile en main,
Qu'Hylas aux blonds cheveux ceints d'un bandeau de laine
Parait au détour du chemin.

Nikhéa l'aperçoit : - Ô ma soeur, vois, dit-elle,
De son urne chargé, ce bel adolescent ;
N'est-ce point, revêtu d'une grâce immortelle,
De l'Olympe un Dieu qui descend ?

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hèraklès solaire

Message par yassine le Mer 31 Mar - 13:36

Charles-Marie LECONTE DE LISLE



Hèraklès solaire

Dompteur à peine né, qui tuais dans tes langes
Les Dragons de la Nuit ! Coeur-de-Lion ! Guerrier,
Qui perças l'Hydre antique au souffle meurtrier
Dans la livide horreur des brumes et des fanges,
Et qui, sous ton oeil clair, vis jadis tournoyer
Les Centaures cabrés au bord des précipices !
Le plus beau, le meilleur, l'aîné des Dieux propices !
Roi purificateur, qui faisais en marchant
Jaillir sur les sommets le feu des sacrifices,
Comme autant de flambeaux, d'orient au couchant !
Ton carquois d'or est vide, et l'Ombre te réclame.
Salut, Gloire-de-l'Air ! Tu déchires en vain,
De tes poings convulsifs d'où ruisselle la flamme,
Les nuages sanglants de ton bûcher divin,
Et dans un tourbillon de pourpre tu rends l'âme !

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hypatie

Message par yassine le Mer 31 Mar - 13:38

Charles-Marie LECONTE DE LISLE



Hypatie

Au déclin des grandeurs qui dominent la terre
Quand les cultes divins, sous les siècles ployés,
Reprenant de l'oubli le sentier solitaire,
Regardent s'écrouler leurs autels foudroyés ;

Quand du chêne d'Hellas la feuille vagabonde
Des parvis désertés efface le chemin
Et qu'au delà des mers, où l'ombre épaisse abonde,
Vers un jeune soleil flotte l'esprit humain ;

Toujours des Dieux vaincus embrassant la fortune,
Un grand coeur les défend du sort injurieux :
L'aube des jours nouveaux le blesse et l'importune
Il suit à l'horizon l'astre de ses aïeux.

Pour un destin meilleur qu'un autre siècle naisse
Et d'un monde épuisé s'éloigne sans remords :
Fidèle au Songe heureux où fleurit sa jeunesse,
Il entend tressaillir la poussière des morts,

Les Sages, les héros se lèvent pleins de vie !
Les poètes en choeur murmurent leurs beaux noms ;
Et l'Olympe idéal, qu'un chant sacré convie
Sur l'ivoire s'assied dans les blancs Parthénons.

O vierge, qui, d'un pan de ta robe pieuse,
Couvris la tombe auguste où s'endormaient tes Dieux,
De leur culte éclipsé prêtresse harmonieuse,
Chaste et dernier rayon détaché de leurs cieux !

Je t'aime et te salue, ô vierge magnanime !
Quand l'orage ébranla le monde paternel,
Tu suivis dans l'exil cet Oedipe sublime,
Et tu l'enveloppas d'un amour éternel.

Debout, dans ta pâleur, sous les sacrés portiques
Que des peuples ingrats abandonnait l'essaim,
Pythonisse enchaînée aux trépieds prophétiques,
Les Immortels trahis palpitaient dans ton sein.

Tu les voyais passer dans la nue enflammée !
De science et d'amour ils t'abreuvaient encor ;
Et la terre écoutait, de ton rêve charmée,
Chanter l'abeille attique entre tes lèvres d'or.

Comme un jeune lotos croissant sous l'oeil des sages,
Fleur de leur éloquence et de leur équité,
Tu faisais, sur la nuit moins sombre des vieux âges,
Resplendir ton génie à travers ta beauté !

Le grave enseignement des vertus éternelles
S'épanchait de ta lèvre au fond des coeurs charmés ;
Et les Galiléens qui te rêvaient des ailes
Oubliaient leur Dieu mort pour tes Dieux bien aimés.

Mais le siècle emportait ces âmes insoumises
Qu'un lien trop fragile enchaînait à tes pas ;
Et tu les voyais fuir vers les terres promises ;
Mais toi, qui savais tout, tu ne les suivis pas !

Que t'importait, ô vierge, un semblable délire ?
Ne possédais-tu pas cet idéal cherché ?
Va ! dans ces coeurs troublés tes regards savaient lire,
Et les Dieux bienveillants ne t'avaient rien caché.

O sage enfant, si pure entre tes soeurs mortelles !
O noble front, sans tache entre les fronts sacrés !
Quelle âme avait chanté sur des lèvres plus belles,
Et brûlé plus limpide en des yeux inspirés ?

Sans effleurer jamais ta robe immaculée,
Les souillures du siècle ont respecté tes mains :
Tu marchais, l'oeil tourné vers la Vie étoilée,
Ignorante des maux et des crimes humains.

Le vil Galiléen t'a frappée et maudite,
Mais tu tombas plus grande ! Et maintenant, hélas !
Le souffle de Platon et le corps d'Aphrodite
Sont partis à jamais pour les beaux cieux d'Hellas !

Dors, ô blanche victime, en notre âme profonde,
Dans ton linceul de vierge et ceinte de lotos ;
Dors ! l'impure laideur est la reine du monde,
Et nous avons perdu le chemin de Paros.

Les Dieux sont en poussière et la terre est muette :
Rien ne parlera plus dans ton ciel déserté.
Dors ! mais, vivante en lui, chante au coeur du poète
L'hymne mélodieux de la sainte Beauté !

Elle seule survit, immuable, éternelle.
La mort peut disperser les univers tremblants,
Mais la Beauté flamboie, et tout renaît en elle,
Et les mondes encor roulent sous ses pieds blancs !

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Ekhidna

Message par yassine le Mer 31 Mar - 13:39

Charles-Marie LECONTE DE LISLE



Ekhidna

Kallirhoé conçut dans l'ombre, au fond d'un antre,
À l'époque où les rois Ouranides sont nés,
Ekhidna, moitié nymphe aux yeux illuminés,
Moitié reptile énorme écaillé sous le ventre.

Khrysaor engendra ce monstre horrible et beau,
Mère de Kerbéros aux cinquante mâchoires,
Qui, toujours plein de faim, le long des ondes noires.
Hurle contre les morts qui n'ont point de tombeau.

Et la vieille Gaia, cette source des choses,
Aux gorges d'Arimos lui fit un vaste abri,
Une caverne sombre avec un seuil fleuri ;
Et c'est là qu'habitait la Nymphe aux lèvres roses.

Tant que la flamme auguste enveloppait les bois,
Les sommets, les vallons, les villes bien peuplées,
Et les fleuves divins et les ondes salées,
Elle ne quittait point l'antre aux âpres parois

Mais dès qu'Hermès volait les flamboyantes vaches
Du fils d'Hypérion baigné des flots profonds,
Ekhidna, sur le seuil ouvert au flanc des monts,
S'avançait, dérobant sa croupe aux mille taches.

De l'épaule de marbre au sein nu, ferme et blanc,
Tiède et souple abondait sa chevelure brune ;
Et son visage clair luisait comme la lune,
Et ses lèvres vibraient d'un rire étincelant.

Elle chantait : la nuit s'emplissait d'harmonies ;
Les grands lions errants rugissaient de plaisir;
Les hommes accouraient sous le fouet du désir,
Tels que des meurtriers devant les Érinnyes :

- Moi, l'illustre Ekhidna, fille de Khrysaor,
jeune et vierge, je vous convie, ô jeunes hommes,
Car ma joue a l'éclat pourpré des belles pommes,
Et dans mes noirs cheveux nagent des lueurs d'or.

Heureux qui j'aimerai, mais plus heureux qui m'aime !
Jamais l'amer souci ne brûlera son coeur ;
Et je l'abreuverai de l'ardente liqueur
Qui fait l'homme semblable au Kronide lui-même.

Bienheureux celui-là parmi tous les vivants !
L'incorruptible sang coulera dans ses veines ;
Il se réveillera sur les cimes sereines
Où sont les Dieux, plus haut que la neige et les vents.

Et je l'inonderai de voluptés sans nombre,
Vives comme un éclair qui durerait toujours !
Dans un baiser sans fin je bercerai ses jours
Et mes yeux de ses nuits feront resplendir l'ombre. -

Elle chantait ainsi, sûre de sa beauté,
L'implacable Déesse aux splendides prunelles,
Tandis que du grand sein les formes immortelles
Cachaient le seuil étroit du gouffre ensanglanté.

Comme le tourbillon nocturne des phalènes
Qu'attire la couleur éclatante du feu,
Ils lui criaient : Je t'aime, et je veux être un Dieu !
Et tous l'enveloppaient de leurs chaudes haleines.

Mais ceux qu'elle enchaînait de ses bras amoureux,
Nul n'en dira jamais la foule disparue.
Le Monstre aux yeux charmants dévorait leur chair crue,
Et le temps polissait leurs os dans l'antre creux.

yassine

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Re: Poèmes mythologie

Message par yassine le Mer 31 Mar - 13:41

Charles-Marie LECONTE DE LISLE



L'enfance d'Hèraklès

Oriôn, tout couvert de la neige du pôle,
Auprès du Chien sanglant montrait sa rude épaule ;
L'ombre silencieuse au loin se déroulait.
Alkmène ayant lavé ses fils, gorgés de lait,
En un creux bouclier à la bordure haute,
Héroïque berceau, les coucha côte à côte,
Et, souriant, leur dit : Dormez, mes bien-aimés.
Beaux et pleins de santé, mes chers petits, dormez.
Que la Nuit bienveillante et les Heures divines
Charment d'un rêve d'or vos âmes enfantines !
Elle dit, caressa d'une légère main
L'un et l'autre enlacés dans leur couche d'airain,
Et la fit osciller, baisant leurs frais visages,
Et conjurant pour eux les sinistres présages.
Alors, le doux Sommeil, en effleurant leurs yeux,
Les berça d'un repos innocent et joyeux.

Ceinte d'astres, la Nuit, au milieu de sa course,
Vers l'occident plus noir poussait le char de l'Ourse.
Tout se taisait, les monts, les villes et les bois,
Les cris du misérable et le souci des rois.
Les Dieux dormaient, rêvant l'odeur des sacrifices ;
Mais, veillant seule, Hèra, féconde en artifices,
Suscita deux dragons écaillés, deux serpents
Horribles, aux replis azurés et rampants,
Qui devaient étouffer, messagers de sa haine,
Dans son berceau guerrier l'Enfant de la Thébaine.

Ils franchissent le seuil et son double pilier,
Et dardent leur oeil glauque au fond du bouclier.
Iphiklès, en sursaut, à l'aspect des deux bêtes,
De la langue qui siffle et des dents toutes prêtes,
Tremble, et son jeune coeur se glace, et, pâlissant,
Dans sa terreur soudaine il jette un cri perçant,
Se débat, et veut fuir le danger qui le presse ;
Mais Hèraklès, debout, dans ses langes se dresse,
S'arrache aux deux serpents, rive à leurs cous visqueux
Ses doigts divins, et fait, en jouant avec eux,
Leurs globes élargis sous l'étreinte subite
Jaillir comme une braise au delà de l'orbite.
Ils fouettent en vain l'air, musculeux et gonflés ;
L'Enfant sacré les tient, les secoue étranglés,
Et rit en les voyant, pleins de rage et de bave,
Se tordre tout autour du bouclier concave.
Puis, il les jette morts le long des marbres blancs,
Et croise pour dormir ses petits bras sanglants.

Dors, Justicier futur, dompteur des anciens crimes,
Dans l'attente et l'orgueil de tes faits magnanimes ;
Toi que les pins d'Oita verront, bûcher sacré,
La chair vive, et l'esprit par l'angoisse épuré,
Laisser, pour être un Dieu, sur la cime enflammée,
Ta cendre et ta massue et la peau de Némée !

yassine

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néférou-ra

Message par yassine le Mer 31 Mar - 13:51

Charles-Marie LECONTE DE LISLE



Néférou-Ra

Khons, tranquille et parfait, le Roi des Dieux thébains,
Est assis gravement dans sa barque dorée :
Le col roide, l'oeil fixe et l'épaule carrée,
Sur ses genoux aigus il allonge les mains.

La double bandelette enclôt ses tempes lisses
Et pend avec lourdeur sur le sein et le dos.
Tel le Dieu se recueille et songe en son repos,
Le regard immuable et noyé de délices.

Un matin éclatant de la chaude saison
Baigne les grands sphinx roux couchés au sable aride,
Et des vieux Anubis ceints du pagne rigide
La gueule de chacal aboie à l'horizon.

Dix prêtres, du Nil clair suivant la haute berge,
D'un pas égal, le front incliné vers le sol,
Portent la barque peinte où, sous un parasol,
Siège le fils d'Ammon, Khons, le Dieu calme et vierge.

Où va-t-il, le Roi Khons, le divin Guérisseur,
Qui toujours se procrée et s'engendre lui-même,
Lui que Mout a conçu du Créateur suprême,
L'Enfant de l'Invisible, aux yeux pleins de douceur ?

Il méditait depuis mille ans, l'âme absorbée,
A l'ombre des palmiers d'albâtre et de granit,
Regardant le lotus qui charme et qui bénit
Ouvrir son coeur d'azur où dort le Scarabée.

Pourquoi s'est-il levé de son bloc colossal,
Lui d'où sortent la vie et la santé du monde,
Disant : Jirai ! Pareille à l'eau pure et féconde,
Ma vertu coulera sur l'arbuste royal !

Le grand Rhamsès l'attend dans sa vaste demeure.
Les vingt Nomes, les trois Empires sont en deuil,
Craignant que si le Dieu ne se présente au seuil,
La Beauté du Soleil, Néférou-Ra ne meure.

Voici qu'elle languit sur son lit virginal,
Très pâle, enveloppée avec de fines toiles ;
Et ses yeux noirs sont clos, semblables aux étoiles
Qui se ferment quand vient le rayon matinal.

Hier, Néférou-Ra courait parmi les roses,
La joue et le front purs polis comme un bel or,
Et souriait, son coeur étant paisible encor,
De voir dans le ciel bleu voler les ibis roses.

Et voici qu'elle pleure en un rêve enflammé,
Amer, mystérieux, qui consume sa vie !
Quel démon l'a touchée, ou quel Dieu la convie ?
Ô lumineuse fleur, meurs-tu d'avoir aimé ?

Puisque Néférou-Ra, sur sa couche d'ivoire,
Palmier frêle, a ployé sous un souffle ennemi,
La tristesse envahit la terre de Khêmi,
Et l'âme de Rhamsès est comme la nuit noire.

Mais il vient, le Roi jeune et doux, le Dieu vainqueur,
Le Dieu Khons, à la fois baume, flamme et rosée,
Qui rend la sève à flots à la plante épuisée,
L'espérance et la joie intarissable au coeur.

Il approche. Un long cri d'allégresse s'élance.
Le cortège, à pas lents, monte les escaliers ;
La foule se prosterne, et, du haut des piliers
Et des plafonds pourprés, tombe un profond silence.

Tremblante, ses grands yeux pleins de crainte et d'amour,
Devant le Guérisseur sacré qu'elle devine,
Néférou-Ra tressaille et sourit et s'incline
Comme un rayon furtif oublié par le jour.

Son sourire est tranquille et joyeux. Que fait-elle ?
Sans doute elle repose en un calme sommeil.
Hélas ! Khons a guéri la Beauté du Soleil ;
Le Sauveur l'a rendue à la vie immortelle.

Ne gémis plus, Rhamsès ! Le mal était sans fin,
Qui dévorait ce coeur blessé jusqu'à la tombe
Et la mort, déliant ses ailes de colombe
L'embaumera d'oubli dans le monde divin !

yassine

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Re: Poèmes mythologie

Message par yassine le Mer 31 Mar - 13:53

Charles-Marie LECONTE DE LISLE



Nurmahal

À l'ombre des rosiers de sa fraîche terrasse,
Sous l'ample mousseline aux filigranes d'or,
Djihan-Guîr, fils d'Akbar, et le chef de sa race,
Est assis sur la tour qui regarde Lahor.

Deux Umrahs sont debout et muets, en arrière.
Chacun d'eux, immobile en ses flottants habits,
L'oeil fixe et le front haut, tient d'une main guerrière
Le sabre d'acier mat au pommeau de rubis.

Djihan-Guîr est assis, rêveur et les yeux graves.
Le soleil le revêt d'éclatantes couleurs ;
Et le souffle du soir chargé d'odeurs suaves,
Soulève jusqu'à lui l'âme errante des fleurs.

Il caresse sa barbe, et contemple en silence
Le sol des Aryas conquis par ses aïeux,
Sa ville impériale, et l'horizon immense,
Et le profil des monts sur la pourpre des cieux.

La terre merveilleuse où germe l'émeraude
Et qui s'épanouit sous un dais de saphir,
Dans sa sérénité resplendissante et chaude,
Pour saluer son maître exhale un long soupir.

Un tourbillon léger de cavaliers Mahrattes
Roule sous les figuiers rougis par les fruits mûrs ;
Des éléphants, vêtus de housses écarlates,
Viennent de boire au fleuve, et rentrent dans les murs.

Aux carrefours où l'oeil de Djihan-Guîr s'égare,
Passe, auprès des Çudrâs au haillon indigent,
Le Brahmane traîné par les boeufs de Nagare,
Dont le poil est de neige et la corne d'argent.

En leurs chariots bas viennent les courtisanes,
Les cils teints de çurma, la main sous le menton ;
Et les fakirs, chantant les légendes persanes
Sur la citrouille sèche aux trois fils de laiton.

Là, les riches Babous, assis sous les varangues,
Fument des hûkas pleins d'épices et d'odeurs,
Ou mangent le raisin, la pistache et les mangues
Tandis que les Çaïs veillent les chiens rôdeurs.

Et de noirs cavaliers aux blanches draperies
Escortent, au travers de la foule, à pas lents,
Sous le cône du dais brodé de pierreries,
Le palankin doré des Radjahs indolents.

Bercé des mille bruits que la nuit proche apaise,
De son peuple innombrable et du monde oublieux,
Djihan-Guîr reste morne, et sa gloire lui pèse ;
Une larme furtive erre au bord de ses yeux.

Des djungles du Pendj-Ab aux sables du Karnate,
Il a pris dans son ombre un empire soumis
Et gravé le Koran sur le marbre et l'agate ;
Mais son âme est en proie aux songes ennemis.

Il n'aime plus l'éclair de la lance et du sabre,
Ni, d'une ardente écume inondant l'or du frein,
Sa cavale à l'oeil bleu qui hennit et se cabre
Au cliquetis vibrant des cymbales d'airain ;

Il n'aime plus le rire harmonieux des femmes ;
La perle de Lanka charge son front lassé ;
Que le soleil éteigne ou rallume ses flammes,
Le Roi du monde est triste, un désir l'a blessé.

Une vision luit dans son coeur, et le brûle ;
Mais du mal qu'il endure il ne craint que l'oubli :
Tous les biens qu'à ses pieds le destin accumule
Ne valent plus pour lui ce songe inaccompli.

Les constellations éclatent aux nuées ;
Le fleuve, entre ses bords que hérissent les joncs,
Réfléchit dans ses eaux lentement remuées
La pagode aux toits lourds et les minarets longs.

Mais voici que, du sein des massifs pleins d'arome
Et de l'ombre où déjà le regard plonge en vain,
Une voix de cristal monte de dôme en dôme
Comme un chant des hûris du Chamelier divin.

Jeune, éclatante et pure, elle emplit l'air nocturne,
Elle coule à flots d'or, retombe et s'amollit,
Comme l'eau des bassins qui, jaillissant de l'urne,
Grandit, plane, et s'égrène en perles dans son lit.

Et Djihan-Guîr écoute. Un charme l'enveloppe.
Son coeur tressaille et bat, et son oeil sombre a lui :
Le tigre népâlais qui flaire l'antilope
Sent de même un frisson d'aise courir en lui.

Jamais, sous les berceaux que le jasmin parfume,
Aux roucoulements doux et lents des verts ramiers,
Quand le hûka royal en pétillant s'allume
Et suspend sa vapeur aux branches des palmiers ;

Quand l'essaim tournoyant des Lall-Bibis s'enlace
Comme un souple python aux anneaux constellés ;
Quand la plus belle enfin, voluptueuse et lasse,
Vient tomber à ses pieds, pâle et les yeux troublés :

Jamais, au bercement des chants et des caresses,
Baigné d'ardents parfums, d'amour et de langueur,
Djihan-Guîr n'a senti de plus riches ivresses
Telles qu'un flot de pourpre inonder tout son coeur.

Qui chante ainsi ? La nuit a calmé les feuillages,
La tourterelle dort en son nid de çantal,
Et la Péri rayonne aux franges des nuages...
Cette voix est la tienne, ô blanche Nurmahal !

Les grands tamariniers t'abritent de leurs ombres
Et, couchée à demi sur tes soyeux coussins,
Libre dans ces beaux lieux solitaires et sombres,
Tu troubles d'un pied nu l'eau vive des bassins.

D'une main accoudée, heureuse en ta mollesse,
De l'haleine du soir tu fais ton éventail ;
La lune glisse au bord des feuilles et caresse
D'un féerique baiser ta bouche de corail.

Tu chantes Leïlah, la vierge aux belles joues,
Celle dont l'oeil de jais blessa le coeur d'un roi ;
Mais tandis qu'en chantant tu rêves et te joues,
Un autre coeur s'enflamme et se penche vers toi.

Ô Persane, pourquoi t'égarer sous les arbres
Et répandre ces sons voluptueux et doux ?
Pourquoi courber ton front sur la fraîcheur des marbres ?
Nurmahal, Nurmahal, où donc est ton époux ?

Ali-Khan est parti, la guerre le réclame ;
Son trésor le plus cher en ces lieux est resté :
Mais le nom du Prophète, incrusté sur sa lame,
Garantit son retour et ta fidélité.

Car jusques au tombeau tu lui seras fidèle,
Femme ! tu l'as juré dans vos adieux derniers ;
Et, pour aiguillonner l'heure qui n'a plus d'aile,
Tu chantes Leïlah sous les tamariniers.

Tais-toi. L'âpre parfum des amoureuses fièvres
Se mêle avec ton souffle à l'air tiède du soir.
C'est un signal de mort qui tombe de tes lèvres...
Djihan-Guîr pour l'entendre est venu là s'asseoir.

Au fond du harem frais, au mol éclat des lampes,
Laisse plutôt la gaze en ses plis caressants
Enclore tes cheveux dénoués sur tes tempes,
Ouvre plutôt ton coeur aux songes innocents.

Un implacable amour plane d'en haut et gronde
Autour de toi, dans l'air fatal où tu te plais.
Ne sois pas Nurdjéham, la lumière du monde !
Sois toujours Nurmahal, l'étoile du palais !

Mais va ! ta destinée au ciel même est écrite.
Les jours se sont enfuis. Sous les arbres épais
Tu ne chanteras plus ta chanson favorite ;
Djihan-Guîr sur sa tour ne reviendra jamais.

Maintenant les saphirs et les diamants roses
S'ouvrent en fleurs de flamme autour de ta beauté
Et constellent la soie et l'or où tu reposes
Sous le dôme royal de ton palais d'été.

Deux rançons de radjah pendent à tes oreilles ;
Golkund et Viçapur ruissellent de ton col,
Tu sièges, ô Persane, au milieu des merveilles,
Auprès du fils d'Akbar, sur le trône mongol.

Et la maison d'Ali désormais est déserte.
Les jets d'eau se sont tus dans les marbres taris.
Plus de gais serviteurs sous la varangue ouverte,
Plus de paons familiers sous les berceaux flétris !

Tout est vide et muet. La ronce et l'herbe épaisses
Hérissent les jardins où le reptile dort.
Mais Nurmahal n'a point parjuré ses promesses ;
Nurmahal peut régner, puisque Ali-Khan est mort !

À travers le ciel pur des nuits silencieuses,
Sur les ailes du rêve il revenait vainqueur,
Et ton nom s'échappait de ses lèvres joyeuses,
Quand le fer de la haine est entré dans son coeur.

Gloire à qui, comme toi, plus forte que l'épreuve,
Et jusqu'au bout fidèle à son époux vivant,
Par un coup de poignard à la fois reine et veuve,
Dédaigne de trahir et tue auparavant !

yassine

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Re: Poèmes mythologie

Message par Yonlihinza Amadou le Mer 31 Mar - 22:33

La démarche des dieux, par Gervais de Collins Noumsi Bouopda







A L’observation
Ils cessent de cheminer dans l’obscurité.



Au bout du crépuscule,
Des rayons de lumineux.



Imaginons maintenant
Que le rouge soit jaune
Que le bas de la pyramide soit le sommet.



Présageons après
Que le jaune soit bleu,
Que le malheur soit bonheur.



Disons-nous aussi
Que le bleu soit violet,
Que le violet soit vert



Ensuite présageons
Que le sale soit propre.



Pour finir,
Libérons
Toutes ces suppositions
Dans une vie plus prospère
Hanté par des paroles uniquement roses,
Des personnes dieux,
Des humains véritablement sages,
Et une planète merveilleusement limpide.

Gervais de Collins Noumsi Bouopda

Yonlihinza Amadou

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Testament expliqué par Esope

Message par nadia ibrahimi le Jeu 1 Avr - 22:54

Si ce qu'on dit d'Ésope est vrai,
C'était
l'oracle de la Grèce
Lui seul avait
plus de sagesse
Que
tout l'Aréopage. En voici
pour essai
Une histoire des plus
gentilles
Et
qui pourra plaire
au lecteur.


Un certain homme
avait trois
filles,
Toutes
trois de contraire humeur :
Une
buveuse, une coquette,
La troisième, avare
parfaite.
Cet homme,
par son testament,
Selon
les lois municipales,
Leur laissa
tout son bien par portions égales,
En donnant à leur mère
tant,
Payable quand
chacune d'elles
Ne posséderait
plus sa contingente
part.
Le père mort, les trois
femelles
Courent au testament, sans
attendre plus
tard.
On le lit, on tâche
d'entendre
La volonté du testateur ;
Mais
en vain ; car comment comprendre
Qu'aussitôt que chacune sœur
Ne possédera plus sa
part héréditaire,
Il lui
faudra payer
sa mère ?
Ce
n'est pas un fort bon moyen
Pour payer,
que d'être sans bien.
Que voulait donc dire
le père ?
L'affaire est consultée ;
et tous les avocats,
Après
avoir tourné
le cas
En cent et cent
mille manières,
Y jettent leur bonnet, se confessent vaincus,
Et conseillent aux
héritières
De
partager le bien
sans songer au surplus.
" Quant à
la somme de la veuve,
Voici,
leur dirent-ils, ce
que le conseil trouve :
Il
faut que chaque sœur
se charge par traité
Du tiers,
payable à volonté,
Si mieux
n'aime la mère en créer une rente,
Dès le
décès du mort courante. "
La chose
ainsi réglée, on composa trois
lots :
En
l'un, les maisons de bouteille,
Les buffets dressés sous la treille,
La vaisselle d'argent, les cuvettes, les brocs,
Les magasins de malvoisie,
Les esclaves de bouche, et pour dire
en deux mots,
L'attirail de la goinfrerie ;
Dans
un autre, celui
de la coquetterie,
La maison
de la ville, et les meubles exquis,
Les eunuques et les coiffeuses,
Et les
brodeuses,
Les joyaux, les robes
de prix ;
Dans
le troisième lot,
les fermes, le ménage,
Les troupeaux et le
pâturage,
Valets
et bêtes de labeur.
Ces
lots faits, on jugea
que le sort pourrait faire
Que peut-être pas une
sœur
N'aurait
ce qui lu pourrait plaire.
Ainsi
chacune prit son inclination,
Le tout
à l'estimation.
Ce fut
dans la ville d'Athènes
Que cette
rencontre arriva.
Petits
et grands, tout approuva
Le partage et le choix : Ésope
seul trouva
Qu'après
bien du temps et des peines
Les gens
avaient pris justement
Le
contre-pied du
testament.
" Si le défunt
vivait, disait-il, que
l'Attique
Aurait
de reproches de lui !
Comment ? ce
peuple, qui se pique
D'être le
plus subtil des peuples d'aujourd'hui,
A si
mal entendu la volonté suprême
D'un testateur ? "
Ayant ainsi
parlé,
Il fait
le partage lui-même,
Et donne à
chaque sœur
un lot contre son gré ;
Rien
qui pût être convenable,
Partant rien aux sœurs d'agréable :
A
la coquette, l'attirail
Qui
suit les personnes buveuses ;
La
biberonne eut le
bétail ;
La
ménagère eut les
coiffeuses.
Tel fut
l'avis du Phrygien,
Alléguant qu'il
n'était moyen
Plus sûr
pour obliger ces filles
A se défaire de leur bien ;
Qu'elles
se marieraient
dans les bonnes familles,
Quand
on leur verrait de l'argent ;
Paieraient leur
mère tout comptant


Ne posséderaient
plus les effets de leur père :
Ce que
disait le testament.
Le peuple
s'étonna comme
il se pouvait faire
Qu'un homme
seul eût plus de sens
Qu'une multitude de
gens.
[ Testament expliqué
par Esope ]

Poèmes de Jean de La
Fontaine


nadia ibrahimi

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Date d'inscription: 19/07/2008

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