Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

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Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:30

Arthur de Bussières (1877-1913)
Les Bengalis
Poèmes
Le Monde illustré, vol. 17 no 868. p. 542 (22 décembre 1900)


L'oeuvre poétique d'Arthur de Bussières n'a pas paru en volume du
vivant de l'auteur. Il a fallu attendre 1931, pour que, grâce aux soins de
Casimir Hébert, soient réunis ses poèmes, en un recueil intitulé Les
Bengalis. Depuis, on a retrouvé quinze autres poèmes d'Arthur de
Bussières. Le texte des poèmes est reproduit ici à partir de l'ouvrage de
Wilfrid Paquin, Arthur de Bussières, poète et l'École littéraire de
Montréal, publié aux éditions Fidès, en 1986.
3
« Arthur de Bussières - ou, comme il signait pour imiter Balzac : de
Bussières - naquit le 21 janvier 1877, à Montréal. Il ne fréquenta jamais
d'autre école que l'école élémentaire. Peintre en bâtiments de son métier,
il se lia de bonne heure avec Nelligan, Charles Gill et autres membres de
la première École littéraire, dont il fit partie aux environs de 1898. Il
figure parmi les collaborateurs des Soirées du Château de Ramezay,
publiées en 1900. Son apparition dans les lettres fut brève, cependant; à
partir de 1900 il fut presque oublié. Il avait lu Leconte de Lisle, Hérédia,
Rollinat, Baudelaire, mais à cette époque il n'y avait pas de
bibliothèques publiques à Montréal, et quant à s'acheter des livres, il
n'en eut jamais les moyens. On affirme que ce marteleur de sonnets
métalliques était incapable d'écrire trois lignes en prose. M. Olivar
Asselin raconte à ce sujet qu'étant directeur du reportage au Journal, en
19005 il fit rechercher, pour lui offrir un emploi, Bussières dont il avait
remarqué le nom dans les Soirées du Château de Ramezay. Après
plusieurs jours de recherches on finit par trouver le poète : il avait repris
le métier de peintre en bâtiments et vivait en bohème, dans une pauvreté
voisine de la misère. Mais le séjour de Bussières au Journal fut
éphémère : malgré son vif désir d'encourager le talent, Asselin ne put
garder un collaborateur qui ne savait pas faire accorder l'adjectif avec le
nom ni le verbe avec le sujet, et qui, chose plus grave, avait en outre la
faiblesse de vouloir imiter Rollinat et Baudelaire... par leurs côtés
faibles.
Bussières avait collaboré au Passe-Temps, à la Revue populaire, aux
Débats, à l'Avenir, dans la note parnassienne et généralement exotique.
Sa mort, survenue en mai 1913, à Montréal, passa inaperçue. Par les
soins de l'intelligent bibliophile Casimir Hébert, sa mémoire,
heureusement, revivra. »
Note dans Anthologie des poètes canadiens,
composée par Jules Fournier, Montréal, 1920.

Nadej-isis

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Re: Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:31

Vieux monastère
Par delà les pans noirs des cimes dentelées,
Grimaçant au ravin, bravant le désarroi,
Sombre, silencieux, cadavre plein d'effroi,
Il dresse dans la nuit ses tours démantelées.

Sous la brise qui hurle aux créneaux du beffroi,
Vibrent les flancs ombreux des salles écroulées,
Et l'écho se réveille au profond des allées,
En traînant vers les cieux comme un glas rauque et froid.

Jadis, un voyageur en ces climats arides
Contemplait éperdu le colosse et les rides
De son grand front blanchi comme un pâle ossement.

Et l'on dit qu'il a vu, sous les piliers antiques,
Passer dans les horreurs de l'épouvantement
La blanche vision des morts cénobitiques.
9
La lionne au crépuscule
Elle vient de quitter les ombres des massifs
Où rit près des nopals la source purpurine,
Pour diriger son pas vers la grève marine
Qu'elle contemple au loin de ses yeux expressifs.

Elle arrive... Un flot jase aux pieds des blancs récifs,
Et la fraîcheur des mers, qui gonfle sa poitrine
Fait palpiter son coeur et frémir sa narine;
Cependant qu'au ciel bleu sont des aigles pensifs.

Et l'astre, par-delà les sables roux des côtes
Dore le fond vermeil des atmosphères hautes,
Et ses reflets sanglants tordent l'éther rougi.

Mais dressant tout à coup ses formes musculaires
L'animal étonné, vers le soleil rugit...
Sublime adieu du fauve aux feux crépusculaires.
10
Khirma la Turque
Des arômes subtils nagent en pleins vergers,
Tout autour des bosquets fleuris des promenades
Où le kokila dit ses folles sérénades
Au dahlia qui croît entre les orangers.

Et sur les gazons doux comme des satinades,
Ceinte d'un voile pourpre aux plis fins et légers,
Khirma s'endort au sein des rêves mensongers,
Près du yali désert flanqué de colonnades.

Sa lourde tresse blonde ondule sur le sol
A la vague des mers en sa forme pareille;
Et la fière indolente au vent du soir sommeille

Sous le palétuvier qui s'ouvre en parasol,
Et la clarté qui fuit, éperdument vermeille,
Mêle des reflets d'or aux blancheurs de son col.
11
Soirée allemande
Le silence endormeur pèse dans l'air serein,
Sur la tranquillité des pics aux sommets roses;
Et l'absence de chants ou joyeux ou moroses
Attriste les flots bleus du Danube et du Rhin.

Bientôt le crépuscule issu d'un noir écrin
S'en vient mettre de l'ombre au front pâle des roses.
Et là-bas le couchant qui pleure sur les choses
Change en voile de deuil son voile purpurin.

Par delà les grands monts aux crêtes inconnues
La lune mollement verse du fond des mers
Les images du songe et les tristes sommeils,

Et contemple sous elle, en scènes fantastiques,
Parmi vos reflets d'or, ô nocturnes soleils!
La sauvage beauté des plaines germaniques.
12
Kita-no-tendji
À Joseph Melançon.
C'est un temple de pierre aux structures énormes,
Dont les contours pesants estompent l'horizon;
Granits, marbres en blocs, pylônes à foison,
Flanqués d'ombres. Autour, des cèdres ou des ormes.

Au sein de l'éclatante et vaste floraison
Des chrysanthèmes d'or aux sépales difformes,
Triste, ainsi que des dieux aux immobiles formes,
Un vieux bonze accroupi murmure une oraison.

Kita-no-tendji dort. Ni les voix de l'enceinte,
Ni les bruits éternels de Kioto la sainte
Ne vont troubler la paix de son divin sommeil.

Mais les temps l'ont penché vers l'abrupte colline;
Il chancelle, pareil au vieillard qui décline
Sous les grands rayons roux de l'hivernal soleil...

Nadej-isis

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Re: Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:33

13
Le retour du voyageur
À Jean Charbonneau.
Il était revenu las de ses longs voyages,
Des climats du Zaïr, de l'Indus et du Rhin,
N'apportant au foyer, modeste pèlerin,
Que des cheveux blanchis par le souffle des âges.

Or, au vallon natal, le ciel pourpre et serein
Mûrissait sur les prés de nouveaux pâturages,
Où le soir écoutait, tranquille, sur les plages
Dans l'ombre et la fraîcheur, l'hymne du flot marin.

Cependant le vieillard n'avait plus son sourire;
Son âme retournait, voyageuse en délire,
Aux antiques pays, cause de son grand deuil!

Et ses fils avaient vu, ne sachant point comprendre,
Un soir que ses remords venaient de le reprendre,
Une larme d'ennui rouler dans son pâle oeil.
14
Ruines
Dressant ses murs noircis à la face des cieux,
Plein d'ombres et de deuil, au flanc de la ravine,
Vastes débris, frappés par la foudre divine,
Un vieux temple abattu dormait, silencieux.

Dans ses voûtes, jadis s'inclinaient vos aïeux...
Mais à présent repaire où l'effroi prédomine,
Vitraux brisés, portail désert, triste ruine :
Les siècles ont passé d'un vol insoucieux.

Ô spectacle effrayant!... Murailles fantastiques!...
Quand la première fois sous vos sacrés portiques,
Seul, j'errais, ricanant en mon impiété,

Je vis, brillant encore au milieu des décombres,
Une image du Christ aux yeux profonds et sombres,
Et je demeurai là, muet, épouvanté.
15
Réminiscence
À Henry Desjardins.
La nuit qui rêve sur la terre
Donne d'étranges voluptés,
Pendant que ses blêmes clartés
Grouillent dans l'éternel mystère.

Or, lourd, errant et solitaire,
Vers le sol morne et sans beautés,
Un souffle aux froides duretés
Gémit dans la vallée austère.

Ce n'est plus la nuit d'autrefois!
L'automne effeuille les grands bois,
L'ouragan pleure entre les branches;

Et sur la plaine aux tons défunts,
Ivres de leurs derniers parfums,
Agonisent des roses blanches.
16
Lunaire
À Jean-Baptiste Bénard.

L'oeil grand ouvert de l'ombre, orné de cils d'argent,
Jette ses feux d'opale au sein de la vallée
Qui sommeille et flamboie à la nuit étoilée,
Comme un phosphore blond de la houle émergeant.

Et sa grâce rayonne en la voûte emperlée,
Radieuse parmi les hauts cirrus nageant,
Et les jets refroidis de son halo changeant
Nimbent les nénuphars sur la vague troublée.

Lune très blanche, espoir de mes songes lassés,
Toi, le flambeau veillant des soleils trépassés,
Astre, nocturne fleur au jardin symbolique,

Quand vient sourire en moi la volupté des soirs,
O veille dans mon coeur, douce, mélancolique,
Comme un parfum qui dort au fond des encensoirs.
17
Journée d'automne
Le vent qui grince, au fond des bois mornes et chauves,
Comme des gonds rouillés sous d'énormes vantaux,
Traîne lugubrement, le long des végétaux,
Le pâle tourbillon des feuilles aux tons fauves.

Dans le lointain, cachant la pente des coteaux,
Dorment vieux troncs, rameaux, ponts croulants et guimauves;
Et le merle fuyant vers les horizons mauves,
Jette ses cris plaintifs aux vents orientaux.

Dans les sillons, plus rien, rien sur la plaine nue;
L'âme ressent en elle une crainte inconnue,
Quand le frimas blanchit le sol dur et glacé.

Et l'homme, frissonnant en sa triste demeure,
Voit le ciel automnal ouvrir son flanc blessé
Au soleil, souriant à la terre qui pleure.

Nadej-isis

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Re: Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:34

18
Soirée japonaise
À Louvigny de Montigny.

Dans le ciel jaune d'ocre, un jour frais se cramponne
En pâlissant l'éclat du céleste portail,
Et la cité vermeille où trône l'éventail
S'enivre au chant flûté de la brise nipponne.

Aussi, le djin fougueux, remplaçant du bétail,
Abrité de son casque où le gland se pomponne,
Traîne dans le galop d'une allure friponne,
L'ironique beauté d'un être épouvantail.

Ses petits yeux arqués ont des reflets fantasques,
Et sur le rouge habit dont le vent rit aux basques,
S'étalent vaguement quelques cycas frileux.

Et le soleil mordant les routes enflammées,
Plonge ses rayons d'or par delà les monts bleus
Dans l'éternel éclat de rire des mousmées.
19
Comparaison
Ainsi, quand le doigt de l'aurore
Dévoile le sein nu des fleurs,
Pétales aux fraîches couleurs
Qu'un chaud rayon de soleil dore,

Colibris et merles siffleurs,
Désertent la plage sonore,
Et vont, pour revenir encore,
Y boire la rosée en pleurs.

Ainsi, dans ton coeur, ô mignonne,
Source où l'amour toujours frissonne,
Je bois sans pouvoir l'épuiser,

Et plein d'une amoureuse flamme,
Radieux, je berce mon âme
Dans l'ivresse de ton baiser.
20
Simple promenade
D'après un tableau.
Sous le ciel empourpré de son pays natal,
Belle en son fin sourire, et de pose charmante,
Elle allait vers les prés où l'iris et la menthe
Mariaient leur fraîcheur aux parfums du santal.

Sur sa gorge brûlait la perle ou le métal,
En des feux aussi doux que sa grande âme aimante;
Et les rayons mordants de son regard d'amante
Se perdaient dans l'azur du vague oriental.

Mais la brise rieuse épanchait dans ses tresses
Le souffle parfumé de ses chaudes caresses
Et tordait les duvets de son rose évantail;

Puis, lasse de marcher, la blanche demoiselle,
Dans le soir qui dorait les marbres du portail,
Sentit battre son coeur et pénétra chez elle.

Nadej-isis

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Re: Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:34

21
Soirée castillane
Vagues comme un reflet très doux des porcelaines,
De lumineux éclats d'astres demi-voilés
Caressent doucement sous les cieux constellés
L'immobile verdeur des pâles marjolaines.

Aussi, dans le silence, on entend vers les blés
Le grand vol alourdi des nocturnes phalènes,
Pendant qu'au loin, la voix des belles madrilènes
Résonne sur la route aux sables grivelés.

Un franc toréador, rêvant de ses parades,
Sourit en son parterre orné de balustrades
Où l'onagre fleurit près des alcarazas;

Et la brise du soir, harpiste éolienne,
Éveillant des parfums le long des mimosas,
Vibre dans les sons d'or d'une tyrolienne.
22
Requiescat in pace
En mémoire d'Alfred Desloges.

Sommeille dans la paix sous la froideur des choses,
Dans un mystère d'ombre ou dans les voluptés,
Puisque vivant encore dans nos coeurs attristés,
Ton nom s'éveille au bruit de nos apothéoses.

Repose sans remords dans la nuit du linceul,
La nuit traînant au loin les intangibles voiles
Qui masquent à nos yeux, par devers les étoiles,
La plage où tu vivras délectablement seul.

Sommeille dans la paix sous la douleur des saules,
Car leur tige est légère et leur deuil éternel;
Sommeille dans l'amour tranquille et solennel,
Toi dont le faix de vivre a brisé les épaules!

Le rêve de ta vie est un espoir défunt
Que nous voulons ravir à ta demeure noire,
Pour que l'on sente au jour de tristesse ou de gloire,
Ton âme autour de nous planer comme un parfum.
23
Harpe
Frêle et tendre langueur dont le rythme agonise
Souffle d'amour chantant sur les divers parvis
Langoureuse et plaintive incessamment tu vis
Comme les choeurs du ciel où ta voix s'éternise.

Tu fais revivre en nous par tes baisers ravis
L'instant voluptueux que le coeur adonise
Et la nature toute adore et divinise
Les charmes frémissants à ta gloire asservis.

Harpe, ô sublime extase, ivresses symboliques,
Tu berces les ennuis des soirs mélancoliques
Dont la torpeur en moi semble s'évanouir :

Car, plus doux que la flûte ou que les pentacordes
Ton chant glorieux vibre et vient s'épanouir
Dans mon âme qui pleure aux frissons de tes cordes!
24
Prière ultime
Muse, console-moi pendant que sur la route
Où l'on va tristement sans espoir de retour,
Je fuis, épouvanté, la mort, sombre vautour
Dont le vol effrayant poursuit l'être en déroute;

Jusqu'à ce que, plus tard, je succombe à mon tour
À l'effroi des combats que me livre le Doute,
Laissant au sol, où mon sang tombe, goutte à goutte,
Le cadavre d'un coeur et des ronces autour.

Mais quand je dormirai dans l'horreur des ténèbres,
Quand le souffle d'automne aux complaintes funèbres
Glacera les débris de mon corps sans linceul,

Souviens-toi que, jadis, tu te plus à descendre
Vers celui qui t'aimait plus que sa vie; et seul,
Que ton luth pleure au vent qui roulera ma cendre.

Nadej-isis

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Re: Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:34

25
Aubade latine
Parmi les cieux d'agate aux douceurs argentines,
Où l'aube resplendit comme un vaste rosier,
Des myrtes à l'iris jasent à plein gosier
Les francs oiselets bleus des aubades latines.

Et près des étangs verts bercés des sonatines
Que la brise du jour module entre l'osier,
Le soleil au vol d'or, divin paradisier,
Charme les yeux brunis des nymphes florentines.

La ramille se berce aux caprices du vent;
Et le pâtre distrait, sur l'herbe, comme avant,
Foule dans le sentier des roses solitaires,

Et la source chantonne à l'ombre de l'ormeau;
Et l'heure mêle au feu de ses brillants mystères,
Les notes de l'aurore aux sons du chalumeau.
26
Vers d'amour
À Mlle J...
S'il faut que je vous dise, ô ma belle amoureuse,
Quelques petits vers amoureux,
Sans doute je suis prêt, mais avant tout, je veux
Tenter la route aventureuse.

Il m'y faudra marcher sans y perdre mon coeur,
Jetant à tous les vents mon heur et mon délire
Et faisant résonner les cordes de ma lyre,
Comme un appel de gloire ou comme un chant vainqueur.

La route aventureuse... ô la route des roses
Où la splendeur des nuits fait oublier le jour!
La route où l'on se pâme en la douceur des choses;
Où l'on aime la vie, où l'on aime l'amour;

O la route où l'on rêve à celle que l'on adore!
Route des matins bleus, route des soirs vermeils;
Route où les chants d'oiseaux montent vers les soleils,
Comme un écho divin de flûte ou de mandore...

La voilà cette route où je voudrais passer,
Pour y laisser ma vie en y laissant mes larmes;
Car je sais que nos pas ne sauraient s'y lasser
Puisqu'elle nous conduit à l'espoir de vos charmes.

Mais pour cela, ma chère, il faut que vous m'aimiez :
27
La pente est moins aride alors qu'à deux l'on s'aime;
Et si pour moissonner il faut vraiment qu'on sème,
Je ne sais pas d'aveux plus doux que ces premiers.

Je n'eus qu'à m'éblouir des feux de vos prunelles
Dont les regards ardents parlent avec émoi,
Pour éveiller ma chair et pour sentir en moi
Passer comme un frisson des choses éternelles.

Ô, c'est qu'ils sont si bleus ces deux morceaux de ciel!
C'est qu'ils flambent si bien tel un reflet des grèves!
Si bleus,... bleus d'espérance, étranges bleus de rêves
Que leur doux paradis me semble artificiel.

Je n'eus qu'à regarder les fleurs de votre bouche,
Et comparer ces fleurs à nos fleurs d'ici-bas
Pour apprendre que si quelque baiser les touche
Il faut se recueillir et palpiter tout bas...

Car rien n'est plus sublime en nous qu'un peu d'ivresse :
C'est la mère du monde et de la volupté;
Sans elle, voyez-vous, aucun souffle n'oppresse
Le front de la pudeur, le front de la beauté.

Allons je veux me taire et garder dans mon âme
Le secret dévoilé de votre amour vainqueur :
Je ne chanterai plus d'aimer une autre femme,
Car j'ai brisé ma lyre en vous donnant mon coeur...

Nadej-isis

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Re: Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:35

28
Automne

À mon ami, Charles Gill.

Oh! les funèbres chants que nous gémit l'automne!
Oh! la triste pitié des estivals sanglots!
Automne : froid rayon, bruit des vents, choc des flots,
Fuites d'oiseaux zébrant les fonds du ciel atone!

Oh! toute la sombreur des soirs endoloris
Ombrageant les grands pins qui branlent des fronts chauves,
Et sur le sol crispé l'amas des feuilles fauves,
Symbole de nos coeurs, de nos chairs, de nos cris!

Automne!... Pleurs et deuils... N'éveillons pas la tombe.
Donnez, nature, et vous, marchez vos pas tremblants
Et toi, silence... et toi, vieillard aux cheveux blancs,
Va mêler ta poussière au brin d'herbe qui tombe.

Partez, humains, allez enclore vos néants
Sous l'immobilité qui pour toujours vous garde,
Vils troupeaux confiés à l'immortelle garde
De l'Ombre et de la Mort, ces deux lutteurs géants.

Partez, car il n'est plus de feuilles dans les arbres
Ni de fleurs dans les prés, ni d'oiseaux dans les bois :
Ce n'est plus le printemps, ce n'est plus l'autrefois,
Et les fronts sont roidis comme le froid des marbres.
Pleurs et deuils!... Oh! partez pour l'éternelle nuit
29
Qui, de ses doigts plombés, clora votre paupière
Et vous endormira sous votre croix de pierre
Avec tout ce qui passe, avec tout ce qui fuit!

Adieu!... Le vent dira votre glas monotone.
Nos douleurs planeront sur nos spectres glacés!
Dors, nature! Dormez aussi bons trépassés...
Oh! le funèbre adieu que leur clame l'automne!...
30
Adoration
À Mme L...
Je sais que les pleurs sont les fleurs de l'âme,
Fleurs dont le secret fleurit dans les yeux.
Je voudrais pour vous d'autres fleurs, madame,
Si les astres sont les pleurs des cieux.

Je sais qu'un sourire est la fleur de joie
Qui va de la bouche au jardin des coeurs.
Je voudrais pour vous des lèvres de soie
Si vos lèvres d'or des miennes sont soeurs.

Je sais que l'amour est la fleur d'ivresse,
Fleur de toute ivresse et des jours bénis.
Je rêve, pour vous, madame, sans cesse
Au sublime amour des coeurs infinis.

Nadej-isis

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Re: Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:35

31
Credo d'amour
Je crois que les pleurs sont les fleurs de l'âme,
Fleurs dont le secret fleurit dans les yeux.
Je voudrais pour vous d'autres fleurs, madame
Si les astres d'or sont les pleurs des cieux.

Je crois qu'un sourire est la fleur de joie
Qui va de la bouche au jardin des coeurs;
Je voudrais pour vous des lèvres de soie
Si vos lèvres d'or des miennes sont soeurs.

Je crois que l'amour est la fleur d'ivresse
Fleur de toute ivresse et des jours bénis;
Je rêve pour vous, madame, sans cesse,
Au sublime amour des coeurs infinis.
32
Puisque
Puisque l'heure s'en va comme les feuilles mortes,
Et que l'espoir en nous luit ses derniers flambeaux;
Puisque les vents d'hiver flétrissent à nos portes
Et la fleur du soleil et la fleur des tombeaux;

Puisque les jours d'ivresse en trop vives cohortes
Passent sur nos fronts nus comme un oeil de corbeaux
Et puisque tu nous prends, ô terre qui nous portes,
Notre coeur, deuil par deuil et lambeaux par lambeaux.

Femme, muse, aimons-nous... vous et vos ambroisies,
Ayons des rêves doux comme vos fantaisies,
Sous les pourpres éclats de vos yeux embrasés!

Et lors, ne soyez-vous que grisette ou marquise,
Que plein de son amour mon coeur soit la banquise
Qui fondra sous les feux ardents de vos baisers...
33
Météore
Regarde : Il passe, blême, effrayant, gigantesque,
En rayant l'infini de son reflet géant,
Pour se plonger bientôt dans le gouffre béant
Du vide, aux sifflements de la sphère dantesque.

Vers l'horizon sans borne où se tait le néant,
Son éphémère éclat qui déjà tombe presque,
Semble, au fond de la nuit, titanique arabesque,
Un lourd vaisseau qui sombre au fond de l'océan.

Comme ce météore, ô vénérables races,
Sous l'éternité de l'âge, hydre aux gueules voraces,
Vous mourez en hurlant vos rêves indomptés!

Cependant, l'Être passe en balafrant les ombres,
Mais son âme reflète auprès de ses clartés,
L'irrévocable horreur des immensités sombres.

Nadej-isis

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Re: Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:36

34
Coeurs humains
O coeurs, coeurs des amours, ô coeurs des agonies
Faits des mêmes clartés, pris aux mêmes tourments;
Coeurs des bourreaux, coeurs des martyrs, coeurs des amants,
Qui chantez vos fiertés dans l'air des gémonies;

Ô vous tous les grands coeurs sublimes, ô génies,
Nimbés des rayons d'or venus des firmaments,
Pauvres coeurs qui pleurez aux longs délaissements
De vos rêves et de vos lyres infinies;

Qu'êtes-vous?... La nuit monte et vous vous apaisez
Pleins du dernier regard, pleins des derniers baisers,
Pleins de ta brusque étreinte, ô temps qui dénature.

Et toujours, vous passez comme le vent des airs,
En donnant votre gloire ou votre pourriture
À l'immortelle faim des vers rongeurs de chairs.
35
À José Maria de Hérédia
Tu chantas Cléopâtre et les trirèmes blanches,
Les minarets du Caire et le conquistador :
Ton bras olympien conquit la toison d'or
Aux rives où les fruits criblent le vert des branches.

Tu chantas les combats de l'aigle et du condor,
Les plaines de Stamboul, la Turque aux rondes hanches
Et ta lyre, pleurant ses vibrations franches,
Nous dit les soirs de Chine et le Toréador.

Plus tard, tu frissonnas aux brises parfumées;
Tu souris à la voix sonore des almées,
Sous les cieux rayonnants de l'Inde ou du Brésil;

Tu nous chantas l'amour et ses iconostases,
Et c'est pourquoi tu vis en le terrestre exil
En parfumant ta gloire aux fleurs de nos extases...
36
Dégoût de vivre
Puisqu'il nous faut atteindre où le destin nous mène,
Le coeur pourpre du sang sacré de nos douleurs,
Consumons notre vie aride dans les pleurs
Et rejetons l'espoir si l'espérance est vaine.

Avec ses passions aux cris ensorceleurs
L'humanité n'est plus qu'un vil énergumène,
Et le seul front courbé sur la nature humaine
Est le vieux front de l'Ombre impassible, ô malheurs!

Si toujours sous nos pas nous foulons ce qu'on aime
Pourquoi gémir quand vient à nous le spectre blême?
Pourquoi pleurer quand l'Heure arrive? Pauvres fous!...

Nous regrettons un corps que veilleront les saules;
Mais n'était-ce donc rien que de vivre à genoux
Sous le fardeau des croix que portent nos épaules?...
37
Soirée orientale
Belles, sous leur camail, ainsi que des houris,
Se cabrent dans la danse une troupe d'almées,
Et le refrain passant sur leurs lèves charmées
Semble un chant d'oiselets dans les vergers fleuris.

Et les relents du soir aux parfums d'ambre gris
Caressent mollement leurs tresses embaumées :
Leurs lourds colliers d'albâtre ont des grâces gemmées
Et des frissons de vague et des blancheurs de riz.

Là-bas, un caïdjir, au bruit de leur ,
Pendant que le soleil rougit et disparaît,
Dit une chanson turque à la houle tartare;

Et le golfe, mirant le grave minaret,
Réunit, aux sons doux de ses laines mousseuses,
La voix du vieux rameur à celles des danseuses.

Nadej-isis

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Re: Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:37

38
Vieille noblesse
Le soir, seul au château, près de l'âtre enflammé,
Las d'errer par l'ennui de la haute terrasse,
Gaspard, seigneur baron issu de vieille race,
Rêve, étendu dans son fauteuil accoutumé.

Il ne lui reste rien de l'autrefois aimé;
Les âges, sur son chef ont imprimé leur trace
Et, marquant aujourd'hui sa tristesse vorace,
L'espoir le mord au coeur mais son coeur est fermé.

Ah! comme il a vécu cette jeunesse ardente!
Comme il avait appris dans sa course pédante
A prodiguer son âme insensible au remord!...

Mais il saura trembler au grand jour de la crainte,
Quand il comparera dans tes bras maigres, Mort,
L'ardeur de ses premiers baisers à ton étreinte.
39
Désolation
Avec ton Fils, Seigneur, héroïque trouvère,
Marchant pour expirer au sombre Golgotha,
Je mêle, sur la route où Son pied s'incrusta,
L'amertume de vivre aux sanglots du calvaire.

Pourtant mon coeur est jeune et mon rêve chanta
Comme un vin frémissant dans le cristal d'un verre.
Et je m'en vais au jour obstinément sévère
Ivre, par les sentiers que l'Homme-Dieu monta.

Or, hier, j'allai seul dans le désert Cénacle
En ployant les genoux devant le Tabernacle
Où vous offrez au monde et la Chair et le Sang.

Dans le grand Vase d'or où les âmes vont boire
J'aurais voulu plonger mon être agonisant :
Mais Jésus-Christ pleurait au fond du Saint Ciboire.

Nadej-isis

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Re: Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:37

40
Malédiction
Que tous les vents de ta colère
Grondent sur leur iniquité,
Au Soleil de ta majesté
Qui les épargne et les éclaire...

Que leur ignoble humanité
Soit l'aigle qu'on abat dans l'aire :
Leur âme est une mer polaire :
N'y cherche rien, ô Trinité...

Comme des bêtes qu'on égorge,
Qu'ils aient des râles dans la gorge
Et des chaînes chez Tes maudits,

0A Dieu vengeur, ô Dieu sévère,
Puisqu'ils ont ricané tandis
Qu'on clouait ton Christ au Calvaire.
41
Chant de Noël
J'adore ta venue, enfant, frères des mondes,
Oeuvre de votre amour, ô Père, ô Saint Esprit!
Sublime Agneau, victime et sauveur, Jésus-Christ,
Dont le front doit bleuir à nos douleurs profondes.

Je t'adore, ô Promis de toute éternité,
Je t'adore en mes cris, je t'adore en ma joie;
D'une âme que le feu de ses désirs rougeoie
Je t'adore en mon rêve et mon humanité.

Je t'adore!... Car j'ai compris ton beau sourire :
Sur ta lèvre divine où ses plis sont posés
Comme en un grand miroir, bouche et traits convulsés,
Le Prodige inouï du Calvaire se mire...

Ô divin Rédempteur! Flambeau des paradis
Que la chair et la vie agitent devant l'Etre;
Ô Sauveur! Apprends-moi ce que je dois connaître
Pour dompter la chimère et ses envols maudits.

Car je veux, avec Toi, grandir dans l'humble enceinte;
Comme Toi, je veux mettre à mon front le roseau;
Je veux m'agenouiller auprès de ton berceau,
Pour expirer plus tard aux pieds de la Croix Sainte.
42
Le vieux de Mortagne
Il allait par le monde, il allait par la vie
Foulant tous les sentiers, marquant tous les chemins,
En offrant au premier venu ses pauvres mains
Et l'on sentait pleurer son âme inassouvie.

Mais dans l'heure de Dieu sa voie était gravie;
Sous les spectres râleurs de ses tant noirs demains
Il passait maintenant parmi les jours humains
Inconnu de l'amour, inconnu de l'envie.

Son nom! Hélas! son nom ne vous apprendrait rien,
On le connaît dans le village, le vaurien
Le fanatique fou, l'idiot de Mortagne...

Mais son coeur était las de ces railleurs maudits :
Il est mort, l'autre soir, au pied de la Montagne...
Monsieur le curé croit qu'il est en paradis.
43
Icebergs
Glaciers, monstres géants, pics que le froid dentelle
Et qui donnez, tordus aux polaires clartés,
Sur vous les feux du jour avec l'astre emportés
Semblent des lambeaux roux au front blanc d'une stèle.

Cependant, vieux captifs, dans la houle immortelle
Où se crispent roidis, vos flancs diamantés,
Vous bercez aux moiteurs de vos tons argentés
Le morse aux crocs d'ivoire et la glauque étincelle.

Et même que toujours impassibles et nus
Vous cabrez sous les cieux vos créneaux inconnus
Flamboyant dans l'éther comme l'acier des lances,

À vos sommets hardis, ô tranquilles écueils,
Vous portez gravement, sur la nuit des silences
La rigidité morne et sombre des cercueils...

Nadej-isis

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Re: Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:38

44
Autrefois
Lorsque j'étais enfant, mon âme solitaire
Aimait le songe vague auprès des églantiers,
Où mes pas lents fouillaient, au tournant des sentiers,
Les herbes et les fleurs que me faisait la terre.

Et je cherchais toujours, rêvant des jours entiers
Le front enseveli dans quelque grand mystère,
Pendant que s'éveillaient sous ma prunelle austère
Des nids pourprés à l'aube où, merles, vous chantiez.

Et quand les feux du ciel aux voûtes triomphales
Ainsi qu'un sable d'or, roulant sur les rafales,
Tourbillonnaient grandis dans l'orbe éblouissant;

Ne sachant même pas les temps et leurs désastres,
De la scène ébloui, poète adolescent,
J'accoutumais mon coeur au flamboiement des astres...
45
Vers pour elle
Telle la nymphe d'or des saxes et des sèvres
Que l'art a vu surgir sous les pinceaux d'Hab-Ni
Je vous ai peinte en moi, dans un rêve infini
Fait du ton de vos yeux et du nard de vos lèvres.

Parmi d'ardentes fleurs d'aurores et d'amours
J'ai conçu votre front dans une apothéose
Où seul, Pan souffle encore en son luth au bois rose,
Car j'ai mis à vos pieds la Lyre des pastours.

Je vous ai peinte en moi pour être ma lumière :
Je veux que votre nom soit la clarté première
Qui voile dans l'azur l'Étoile aux feux hardis...

Je veux que votre voix soit l'unique parole,
Et je ne saurai plus changer de paradis
Puisque d'un paradis j'aurai fait mon idole...
46
Rêves
J'ai rêvé pour vous des paroles douces
Comme vos baisers, Zéphyrs encenseurs,
J'ai rêvé pour vous des fleurs et des mousses
Pleines de parfums, pleines de douceurs.

J'ai rêvé pour vous d'un aveu bien tendre
Aux charmes pourprés des soirs langoureux,
Bien pur et bien doux lorsqu'on sait l'entendre,
Un soupir de l'âme, un soupir des cieux.

J'ai rêvé d'espoirs, d'amours et de rêves
Rêve, amour, espoir tout était pour vous;
J'ai mis à vos pieds des lyres sans trêves,
Et pour vous mon coeur s'est mis à genoux.

Et pourtant, je doute au fond de moi-même !
Que votre regard vienne m'animer :
Car je ne sais plus lorsque je vous aime
Si je dois souffrir ou bien vous aimer...
47
Agar et Ismaël
Elle va, les pieds nus, sur le sable brûlant,
Cheveux au vent, superbe et sans faiblesse aucune,
Mais son grand coeur gonflé d'amour et de rancune
Tressaille sous la gourde attachée à son flanc.

Ismaël dort. La fièvre agite son sein blanc;
La main d'Agar ne soutient plus sa tête brune :
Il la voit fuir, ainsi qu'un mutin fuit la lune,
Dans son rêve... Il a peur; il s'éveille, appelant.

Elle est là, devant lui, haletante, livide,
Montrant par terre, du doigt, sa cruche toujours vide
Et fouillant du regard terrains et margouillis;

C'est qu'elle n'entend pas parmi les ombres calmes,
Murmurer en rythmant d'étranges gazouillis,
Une source d'eau claire où se mirent des palmes.

Nadej-isis

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Re: Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:38

48
Choses étranges
Lasse du bal ouvert au choeur des violons,
Quand la polka se pâme aux sons prestes des trilles,
Blondinette, le front muet contre les grilles,
Rêve au cavalier bleu des intimes salons.

Dans le parc, alentour des grands bassins oblongs
Près du tertre, ô Vénus, où dans l'ombre tu brilles
Sganarelle et Damés, sous la paix des charmilles
Mêlent leurs cheveux noirs avec des cheveux blonds.

Là-bas, béatifié, maître Polichinelle
Baise angéliquement au front sa Pulcinelle
Et son bras ferme autour de sa taille est monté...

Et Dorante, demain, avec des airs de hampes
Vous dira qu'il a vu dans un décor hanté,
Des diables noirs, dansant, pourpres, au clair des lampes.
49
Le rêve du Dayak
Dans ses longs voiles peints de verts et d'incarnats,
Songeant, tels des rêveurs en leur iconostase,
Un dayak du Passir, promène son extase
Sur les flots rutilants du blond Kalié-Nas.

Il n'entend plus vibrer, au chant des gitanas,
La grève où vit et rôde un parfum de scithase,
Ni les brios charmants du jour qui lui et jase,
Vers le haut faîte aigu des graves quinquinas.

C'est qu'il voit dans les flots, sous lui, tout le Pactole
Et que sa coque lourde aux flancs masqués de tôle
Semble voguer sur l'or et les pourpres rubis.

Et sa prunelle où le désir met de vains drames,
Brillant comme l'acier de ses kandjars fourbis
Pleure sur l'onde claire aux cadences des rames.
50
Pauvre chaumière
C'est là, dans cette gorge, entre les vieux coteaux,
Désolante et sinistre en sa décripitude,
Que je la vis toujours pleine de solitude,
Aux vents qui font grincer les fers de ses vantaux.

Sa démence palpite au front des végétaux,
Où les hiboux poudreux hululent d'habitude,
Et les feuilles des bois tordent leur multitude
Loin d'elle, sous l'âcreur des froids occidentaux.

Ah! la pauvre chaumière, elle, est morte, silence...
Le vieil orme d'en bas vers elle se balance
Sentinelle éternelle en ces ombres de deuil.

Dieu des aurores, baisse un peu ta main hautaine,
Écoute ces douleurs des ruines, noir cercueil,
Où, râle, en des sanglots tristes, l'heure lointaine...

Nadej-isis

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Re: Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:39

51
Ne soit jamais...
Romance
À Mlle L.G.
Ne soit jamais clos ton regard d'azur
Où veille l'éclat d'un azur sans trêve!
Ne soit jamais clos ton regard d'azur :
Rayonnant soleil, frisson de ciel pur
Parmi les langueurs d'une aube de rêve
Oh! ne clos jamais tes grands yeux d'azur!

Ne soit close, enfant, ta lèvre tant rose,
Si rose du sang de ton coeur si doux!
Ne soit close, enfant, ta lèvre tant rose :
N'est-elle la soeur de sa soeur, éclose
Aux baisers premiers du printemps jaloux?...
Oh! ne clos jamais ta lèvre si rose!

Au coeur qui, toujours, t'aimera d'amour,
Que close, jamais, ne soit ta jeune âme!
Au coeur, qui, toujours t'aimera d'amour
Apporte le tien, tu le dois un jour;
Sois lui ce bonheur que tout coeur réclame :
Et je veux t'aimer d'immortel amour.
52
L'éveil de Brahma
Toutes, ayant aux mains l'Amphore toujours lourde
Les Vierges de Missor, puisant au Lac Sacré,
Baignant avec amour, le socle vénéré
De l'Idole béatement muette et sourde.

Près des trépieds d'onyx où flambe la falourde,
Somptueux d'attendre et le geste inspiré,
Vénérable, un brahmane offre au maître adoré
Les fleurs de sa couronne et les vins de sa gourde...

Mais le coeur de Brahma n'a plus l'éveil serein;
Inertement rivé dans sa prison d'airain
Il couve des sanglots plein son rêve débile.

Il sommeille, tranquille en l'ombre, pour jamais,
Et ses jours glorieux se meurent, désormais,
Dans l'éternelle nuit de son être immobile.
53
L'arbre mort
Dressant vers l'horizon sa haute et lourde masse,
Superbe comme un fils courroucé des titans,
Il dresse ses rameaux à travers les autans,
Dans le geste infernal d'un spectre qui grimace.

C'est l'arbre mort, le chêne oublié des printemps...
Il a vu bien des jours passer de cette place
Alors qu'il défiait, plein de force et d'audace,
De son chef orgueilleux le choc altier des temps.

Il est seul, ô misère!... Et, sous la lune froide,
Il dort, tout droit dans l'ombre, inaltérable et roide,
Débris sublime : phare en son obscurité.

Frères, sachez qu'un jour, parmi l'or blond des seigles,
Il a, sous le grand ciel où grandit sa fierté,,
Entre ses bras puissants d'alors, bercé des aigles.

Nadej-isis

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Re: Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:39

54
Impression du soir
Quand de la griserie à la douceur du soir
Se mêle, et que la brise exhale sa caresse;
Lorsque l'on sent descendre en nous toute l'ivresse
Des choses, et qu'au bord du lac on vient s'asseoir;

Et quand des bois profonds comme d'un encensoir
Émanent des parfums d'extatique paresse,
Que l'on rêve en son coeur à sa seule maîtresse
Et que la lune luit au ciel, pâle ostensoir;

Dites-moi si, vraiment, brise, parfums, percée,
Bois, lac bleu, mettent plus d'âmes à la pensée
Que la voix des pastours qui passent dans les loins,

Si l'on croit qu'à cette heure, immuable mystère,
S'unissent, dans la nuit qui plane sur les foins,
Les chants du pâtre aux chants qui montent de la terre?
55
Le forgeron
Rouge, parmi les feux ardents des clairs de forge
Sous le tricot de laine où le noir bourgeron
Frappant le fer à bras tendus, le forgeron
Ahane dans l'ardeur qui vient brûler sa gorge.

L'enclume retentit, mystérieux clairon,
Dans l'usine qui vibre aux brises des champs d'orge
Et les métaux domptés croulent comme un salorge
Sous le heurt des marteaux qui tonnent sur leur front.

Frère, Tubalcaïn, que de gloire en ta force!
Mais, quand, les yeux rougis, coeur brûlant, fièvre au torse,
Tous les deux nous forgeons nos airains familiers,

Je songe, qu'oubliant un jour nos vains Sésames,
Nous nous reposerons de l'oeuvre aux ateliers
Du Forgeron divin qui nous forgea des âmes.
56
Messidor
Tel un émir du Caire au grand harem des fleurs,
Pompeusement drapé des festons et des mousses,
Juin s'avance et fleurit au choeur des brises douces
Et jette à large main son âme et ses couleurs.

L'azur s'est revêtu de furtives couleurs,
Les merles vont sifflant des files d'heures douces,
Et le ruisselet bleu qui vagit dans les mousses,
Parfume son espoir au cher relent des fleurs.

Ô prodige! on entend passer l'âme des fleurs
En un soupir divin qui tremble sous les mousses
Et qui fait palpiter toutes leurs lèvres douces
Dans une éclosion nouvelle de couleurs.

Et pendant que tout flambe aux baisers des couleurs
Et que les muses font vibrer leurs lyres douces,
Messidor, vaguement, s'épanche sur les mousses
Tel un émir du Caire au grand harem des fleurs.
57
L' horloge
Cependant qu'Elle veille aux vieux créneaux des tours
Douze coups cadencés partent en jetant l'heure
En un râle d'airain dont la tristesse effleure
L'immensité béante où règnent les vautours...

Dans les hauts pins branlant leurs sinistres contours,
Le vieil hibou hulule au chat-huant qui pleure,
Et voici que, bientôt, lugubre, comme un leurre,
L'effroi nocturne passe aux sombres alentours...

Folle et mystique nuit dont s'inspire mon rêve,
Toi qui nais et finis aux lèvres des clartés,
Fais mon coeur sans amour ou mes amours sans trêves :

Mon âme se lamente en tes obscurités
Et tout se plaint en elle avec les chocs funèbres
De l'horloge sonnant des glas dans les ténèbres...
58
Une Grecque
Elle a cette beauté des sybilles antiques :
L'éclat de son front pur se compare aux jasmins;
Et sous la coiffe torse, ouvrage de ses mains,
Ondulent à plis lourds ses tresses magnifiques;

Pareil aux rythmes bleus qui naissent des matins,
Son geste a la douceur des lyres extatiques;
Son sourire est l'écho des bouches séraphiques
Et l'aurore à ses lèvres a donné ses carmins.

Ô grecque! ton prestige est grand comme ton âme...
Sans doute ils sont nombreux ceux dont le coeur s'enflamme
Aux mystiques attraits de ton grand oeil foncé.

Pour moi qui chante ainsi sur la frêle mandore,
Au chasse enivrement de ton nom prononcé,
Je ne t'ai jamais vue et pourtant je t'adore.
59
Prière blanche
Ne permets jamais, mon Dieu, qu'en son âme
S'élève un amour autre que le mien.
Garde dans son coeur la divine flamme,
Et me fais un coeur comparable au sien.

Garde-moi toujours ses divins sourires
Et dans ta bonté fais que désormais,
Pour elle, en mes chants, l'amour ait des lyres
Qui n'ont pas chanté pour d'autres, jamais.

Et, lorsqu'au déclin de mon jour suprême,
Mon âme vers Toi prendra son essor,
Donne-moi, Seigneur, ultime poème,
Un dernier frisson pour l'aimer encor.

Nadej-isis

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Re: Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:40

60
Ce que je connais
Tout ce que je connais de vous?... Votre sourire,
Quelque peu votre nom, vos grâces, vos cheveux,...
J'ignore cependant le ciel pur de vos yeux,
Mais je crois que votre âme en leur miroir se mire.

Jamais je n'entendis murmurer votre voix...
Mais je crois qu'elle doit être tendre et bien douce :
Douce, comme un soupçon de brise, sur la mousse,
Et tendre comme un chant de source sous les bois.

Et jamais je ne sus les roseurs de vos lèvres,
Non plus si votre coeur, jadis, a pu chanter...
Mais je crois qu'on a dû, chère âme, palpiter
Quelquefois aux baisers de rêves pleins de fièvres.

Mais ce que je connais, le voici sans retour :
Je connais qu'à vos airs charmeurs, mon âme est prise;
Et pauvre papillon qu'un lis inconnu grise,
Je vous connais assez pour vous aimer d'amour.
61
Mer de Bretagne
Cependant qu'aux rochers de la côte bretonne
Se tord la vague lourde aux pesanteurs de plomb,
Le soleil ébloui darde ses traits d'aplomb
Sur les cailloux flambants que l'écume festonne.

Au loin, près des récifs, l'immense flot moutonne
Et traîne des éclats de sable rose ou blond
Et dans les profonds clairs où passe l'aquilon
Grondent les fortes voix de la mer qui détonne.

À la falaise, un vieux, de Brest ou de Quimper,
Majestueux et grave, ainsi qu'un duc et pair,
Songe, le front penché sous la coiffe celtique,

Et l'oreille tendue, il écoute, effrayé,
Là-bas, vers le point nord, à l'horizon rayé,
L'éternelle rumeur de la houle atlantique.
62
Après la fête
Dans la sombre grand'salle aux splendides ogives,
Sous les vagues relents des fleurs du promenoir,
S'en vont, l'un après l'autre, au fond du vieux manoir
Mourir d'ultimes bruits de fête et de convives.

L'âtre est désert; la nuit, telle un vaste éteignoir,
S'abaisse longuement sur les falourdes vives,
Et d'étranges lueurs rôdent vers les solives
Avec des airs troublants de spectres dans le soir.

Aux piédestaux d'onyx les porphyres sont glabres;
Un lampion veille encor la mort des candélabres,
Et les aïeux sont froids dans leur buste d'argent.

Seul, à genoux, aux pieds de la Sainte ravie,
Le baron sent couler ses larmes, en songeant
Qu'une dernière fête est triste dans la vie...
63
Mortuae
Elle n'est plus... Son coeur, à l'ombre de la croix,
Repose inertement tranquille et l'humble pierre
Où grimpe en s'accrochant la tige du lierre
Est triste comme un cri des beaux jours d'autrefois.

Le songe est mort en elle, et sa gorge est sans voix;
Son mystique regard rivé dans sa paupière
Ne me rappelle plus cette heure de prière
Dont parlait notre amour pour la dernière fois.

De l'ultime sommeil dors, ô ma bien-aimée :
Ton âme séraphique en sa fleur parfumée
Grandira dans l'ivresse immortelle des cieux!...

Et si le rêve alors n'a pas éteint ses cierges,
Mon ange, souviens-toi de ces espoirs pieux
Que nous aurons tous deux, plus tard parmi les Vierges.

Nadej-isis

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Re: Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:41

64
Orpha, la Syrienne
Dans le boudoir exquis tendu de moire grise,
Belle, dans sa beauté de brune, mon Orpha
Repose mollement, comme on l'aime à Jaffa,
Sur l'ottomane longue où la pourpre s'irise.

Non loin d'elle, accoudé près du simple sofa,
J'admire son col pur ou sa lèvre cerise,
Ou sa hanche arrondie en sa jupe qui grise
Comme un parfum discret des prés de Mustapha.

Un sourire léger flotte au coin de sa bouche
Et son pied blanc chaussé de la verte babouche
S'agite mollement vers les tapis rosés.

Quelque songe pourtant la trouble, tout l'indique,
Car j'ai vu tout à coup comme un vol de baisers
Frémir sur les fraîcheurs de sa lèvre impudique.
65
L'insondable
Mondes, ô noirs chaos de nuits et de remords,
Abîmes, dont les fonds n'ont que des heurts funèbres;
Éternels parias aveugles des ténèbres,
Qui roulez vos trépas vers des orbes sans bords;

Tourbillons des soleils, dieux des grands, cris des forts,
Vous, dont l'orgueil s'infiltre au sang de nos vertèbres,
Vous tous, Ombres, vous tous, Clartés, gouffres célèbres,
Sombrez dans la poussière impassible des morts.

L'aveugle destinée est l'éternel problème!
Penseur, que cherches-tu loin de notre front blême?
Pourquoi fouiller en vain l'Insondable géant?

Pourquoi? répondrait donc l'universelle bouche,
Car déjà vous passez, sarcastique et farouche,
Jetant notre poussière aux cendres du néant.
66
Sonnet de Méduline
Pendant que ton pied foule, aux chants flûtés des merles,
Les pelouses rasant les grèves des bassins,
Des papillons légers en somptueux essaims,
S'ébattent vers la plaine où Flore met des perles...

À cette heure d'aurore, ô vague, tu déferles,
Et, mirant ta fraîcheur aux miroirs des buccins,
Tu mouilles de baisers les agrestes desseins
Que traînent sur leur front les chervis et les berles...

Mais qu'est cette nature auprès de ta beauté?
Rien ne pâlit l'éclat de ton oeil velouté
Rien n'égale ton coeur, Méduline, ô bergère,

Et rien ne se compare à ton charme discret
Que le premier aveu de ta lèvre étrangère,
Un soir qu'un vent d'amour passait sur la forêt.

Nadej-isis

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Re: Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:41

67
Celle que j'aimais
I

Oh! qu'elle est sombre ma vie.
Hélas! dans mon triste coeur,
L'Espérance est endormie
Et je chante ma douleur!

II

Dans une étroite cellule,
Elle a renfermé ses jours.
Le triste amour qui me brûle
La suit dans ce noir séjour.

III

Pleurez-la, flots de la rive,
Flots qui ne la verrez plus.
Chantez sa candeur naïve
Et mes regrets superflus.

Refrain
Elle est disparue
Celle que j'aimais;
Oh! je l'ai perdue,
Perdue à jamais.

Nadej-isis

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Re: Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:42

68
Mort d'une fleur
À ma cousine Blanche L.D...
Moi, je naquis charmante et belle,
À l'aurore d'un clair matin,
Seule, sur le bord du chemin...
C'était hier, je me rappelle.

Le jour penche vers son déclin,
Et sur moi l'ombre étend son aile...
Hélas! dans la nuit solennelle
Je vais mourir : c'est mon destin!

Comme vous, ô muse éphémère
Qui, dormant sous la froide terre,
Vivez dans l'immortalité,

Ainsi, je vivrai dans ma tombe :
Car, je laisse à l'humanité,
Les parfums de mon front qui tombe...
69
Glaces polaires
Septentrion! désert plein d'ombre, vastitudes,
Où sous les cieux brumeux, abîme de clameurs,
Les gigantesques pics cachent leurs fronts dormeurs
Comme vieillards honteux de leurs décrépitudes;

Monde où passent toujours d'éternelles rumeurs,
Plaintes, bruit des sanglots, râles des servitudes,
Par les vents arrachés au fond des solitudes
Où vous grognez, ours blancs, polaires écumeurs;

Pauvre sol!... Bien souvent dans l'ivresse des rêves,
Mon âme infortunée, errante, sur tes grèves
Cherche un instant l'oubli, tombeau des coeurs navrés...

Et, tandis qu'elle pleure et que le frimas tombe,
Elle écoute, au lointain, tel un glas d'outre-tombe,
Le sourd bourdonnement des flots hyperborés.

Nadej-isis

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Re: Arthur de Bussières- Les Bengalis Poèmes

Message par Nadej-isis le Sam 8 Mai - 15:43

70
Océanus
L'océan des clameurs aux flots impérissables,
Dont le baiser polit le faîte ardu des rocs,
Se redresse ou s'écrase en de suprêmes chocs
Et fait peur aux lions qui rôdent sur les sables.

De ces grèves, l'on voit, comme de larges socs,
Bordant de lourds sillons des champs infranchissables,
La nef errante, au fort des vents tordant les câbles
Qui meuglent dans la nuit telles des voix d'aurochs.
Pièces retrouvées
72
Impromptu à ma chère Loto
Si je te disais le nom de ma belle
Et ce que mon coeur à son coeur rebelle
A dit d'amour pur au sein qui s'est tu;
Si je te disais que sa tresse est blonde;
Que son rire est doux plus qu'un chant de l'onde;
Ne me croirais-tu?...

Si je te disais que sa folle bouche
Charme de baiser tout ce qu'elle touche;
Ou sa voix divine ou mieux sa vertu;
Si je te disais sa claire prunelle
Et les yeux tremblants qui luisent [sic] en elle,
Me comprendrais-tu?...

Si je te disais ou voulais te dire
Un aveu dont l'art ne saurait médire,
N'ayant contre aucun jamais combattu;
Ou que dans l'ardeur d'une joie extrême
Je te le disais que c'est toi que j'aime.
Dis! m'aimerais-tu?...
73
Choses mortes
Ta lèvre me semblait une grenade ouverte,
Rouge, sous les blondeurs du soleil printanier;
Et ta prunelle était comme la vague verte
Qui flambe sous la rame aux chants du nautonier...

Tes cheveux me semblaient des brises sous les mousses,
Blonds comme un clair de lune et fous comme un baiser;
La grâce à flots divins tombait de tes mains douces,
Telle une fleur légère, en mon coeur embrasé...

Le merle en te voyant chantait des trilles blanches,
Lorsque seule, à l'aurore et montant le sentier,
Tu cueillais longuement pour mettre sur tes hanches
La rose couleur d'aube ou le pâle églantier...

Ah! c'est que tout est pur au matin de la vie!
La beauté de la chair et la beauté des jours :
Et l'âme à l'espérance a sa force asservie
Tant que sa liberté n'a pas lui pour toujours.

Car vous étiez ainsi, vous, ô ma chère blonde :
Une vierge au front doux que fuyaient les douleurs,
Mais vous avez perdu sur les chemins du monde,
L'autrefois; et l'amour a fait couler vos pleurs...

Eh bien, pleurez! puisque c'est l'ordre ici; pleurez!
Vous dont les jours n'ont plus de soleils ni de roses,

Nadej-isis

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Date d'inscription: 15/03/2010

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