Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

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Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:00

Poème De L’Amour. (1924)Par Anna De Noailles. (1876-1933)


Anna, Princesse Brancovan, Comtesse Mathieu de Noailles.

"Il faut d’abord avoir soif...
Catherine de Sienne".
À l’amitié



Sentiment divin
par qui, selon la présence ou l’absence,
nous sommes vivants ou tués,
je dédie ces poèmes d’imagination sur l’amour,
passion cruelle et vaine.
A.N.


sandrine jillou

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Re: Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:00

Ce fut long, difficile et triste
De te révéler ma tendresse;
La voix s'élance et puis résiste,
La fierté succombe et se blesse.

Je ne sais vraiment pas comment
J'ai pu t'avouer mon amour;
J'ai craint l'ombre et l'étonnement
De ton bel oeil couleur du jour.
Je t'ai porté cette nouvelle!

Je t'ai tout dit! je m'y résigne;

Et tout de même, comme un cygne,
Je mets ma tête sous mon aile...

sandrine jillou

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Re: Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:01

Comprends que je déraisonne,
Que mon coeur, avec effroi,
Dans tout l'espace tâtonne
Sans se plaire en nul endroit...

Je n'ai besoin que de toi
Qui n'as besoin de personne!




III

Je voudrais bien qu'on départage
Le double voeu qui me combat:
- Je souhaite ne vivre pas,
Mais je veux revoir ton visage!

Certes, la mort est le seul lieu
Qui convienne à ce corps trop triste,
Mais il faut encor que j'existe:
Je ne peux pas quitter tes yeux!

L'espace, le ciel, la nature
Me plaisent moins que le tombeau;
Je n'aime plus nulle aventure,
Mais savoir que tu vis est beau

Savoir que tu vis, être sûre,
D'être seule à le savoir tant!
Dois-je te faire la blessure
De te rendre moins existant?

Qui veux-tu qui jamais respire
Ton être avec tant de grandeur?
- Et songe que tu me fais peur,
À moi, la meilleure et la pire!...

sandrine jillou

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Re: Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:01

IV


Quand mon esprit fringant, et pourtant aux abois,
A tout le jour souffert de sa force prodigue,
L'heure lasse du soir vient m'imposer son poids;
Merci pour la fatigue!

Peut-être que la peur, l'orgueil, l'ambition
Peuvent, par leur angoisse aride et hors d'haleine,
Recouvrir un instant ma triste passion;
Merci pour l'autre peine!

Rétrécissant sur toi le confus infini,
Je ne situais plus que ton coeur dans l'espace;
Le sombre oubli des nuits te rend ta juste place;
Le sommeil soit béni!

Parfois, abandonnée à ma hantise unique,
J'ignore que le corps a ses humbles malheurs,
Mais la souffrance alors m'aborde, ample et tragique;
Merci pour la douleur!

N'octroyant plus au temps ses bornes reposantes,
Tant le désir rêveur m'offre ses océans,
Tu me désapprenais la mort; elle est présente;
Merci pour le néant...

sandrine jillou

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Re: Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:01

V


J'ai travesti, pour te complaire,
Ma véhémence et mon émoi
En un coeur lent et sans colère.

Mais ce qui m'importe le plus
Depuis l'instant où tu m'as plu,
C'est d'être un jour lasse de toi!

- Je perds mon appui et mon aide,
Tant tu me hantes et m'obsèdes
Et me deviens essentiel!
Je ne vois la vie et le ciel
Qu'à travers le vitrail léger
Qu'est ton nuage passager.
- Je souffre, et mon esprit me blâme,
Je hais ce harassant désir!
Car il est naturel à l'âme
De vivre seule et d'en jouir...

sandrine jillou

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Re: Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:02

VI


Ce que je voudrais? Je ne sais.
Je t'aime de tant de manières
Que tu peux choisir. Fais l'essai
De ma tendresse nourricière.

Chaque jour par l'âme et le corps
J'ai renoncé quelque espérance,
Et cependant je tiens encor
À mon amoureuse éloquence,

À cet instinct qui me soulève
De combler d'amour ta torpeur;
- Et tandis que ton beau corps rêve,
Je voudrais parler sur ton coeur...





VII


Que crains-tu? L'excès? l'abondance
D'un coeur où tout vient s'engloutir?
Tu crains ma voix, mon pas qui danse?
Pourtant, j'ai si peur de meurtrir,
Même de loin, ta nonchalance!
Ma main se prive de saisir
Ta belle main qui se balance.
Tu vois, je me tiens à distance,
Renonçant au moindre plaisir....

- Va, tu peux avoir confiance
Dans les êtres de grand désir!

sandrine jillou

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Re: Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:02

VIII

Pourquoi ce besoin fort et triste
De voir haleter et languir
Dans la détresse du plaisir
Le corps rêveur que l'on assiste?

Espère-t-on ainsi capter
La part de l'âme inviolable,
Et voler, par la volupté,
A l'être épars et dévasté,
Sa solitude insaisissable?

- Ah! pouvoir excéder mes droits,
Pouvoir te dérober dans l'ombre
Ton secret, tes forces, tes lois,
Et sentir que ton désarroi
Appartient à mon âme sombre
Plus que je n'appartiens à toi!






IX

Jusqu'où peut-on aimer, poursuivre, détenir?
Quand a-t-on épuisé la quantité des yeux?
Quand vient l'heure où l'esprit se vante de finir
Ce repas renaissant, intact et captieux?

Avoir ne donne rien à l'appétit sans terme,
Tout est commencement et dérisoire effort;
Quel est ce gain léger, cette avance, ce germe,
Tant que tu m'éblouis et que tu n'es pas mort?

- La concluante mort cependant serait vaine,
J'ai besoin que tu sois quand je ne vivrai plus;
Je tremble d'emporter dans le froid de mes veines
L'éclat mystérieux par lequel tu m'as plu...

sandrine jillou

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Re: Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:02

X

Dans les ténèbres de Vérone
On entend mourir Juliette.
À Venise, - ardente, inquiète,
On voit suffoquer Desdémone.

- Envions le coeur qui s'arrête
Quand un excès d'amour l'étonne
Le plaisir n'est que ce qu'on prête,
Mais la vie est ce que l'on donne...





XI

Lorsque je souffre trop de ton brillant visage,
Quand mon coeur asservi ne peut plus te quitter,
Je songe qu'autrefois de lointains paysages,
Des ports et leurs vaisseaux, de fameuses cités
M'éblouissaient ainsi; mon désir irrité
Croyait ne pas pouvoir vivre sans ces rivages...

- Je n'en eus plus besoin quand je les eus chantés.

sandrine jillou

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Re: Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:03

XII

J'ai souffert, lutté; - bien souvent,
Par un élan fourbe et secret,
Je faisais un pas en avant,
Croyant que je t'esquiverais!

J'ai serré, j'ai broyé mon coeur,
Et, comme dit François Villon,
« Sué Dieu sait quelle sueur! »
Mais au bout de ce temps si long

Je suis sur le même chemin
Que j'avais cru fuir bravement,
Et sournoise, et plus fortement,
Je cherche tes yeux et ta main;

Je vois que j'ai tout employé,
La peur, la réprobation,
Le courage ferme ou ployé,
À détruire ma passion;

Et me voici, l'esprit têtu
Hélas! et mieux fait pour souffrir!
- Le corps qui s'est trop débattu
N'a plus la force de mourir...

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Re: Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:03

XIII

Si j'apprenais soudain que, triste, halluciné,
Maudissant, haïssant, tu as assassiné,
J'irais tranquillement vers cette main mortelle,
J'abdiquerais le monde, et me tiendrais près d'elle...







XIV

Jadis je me sentais unique,
Je vivais sous mes propres lois.
Aujourd'hui j'échange avec toi
La vie orageuse et mystique.
Songe, à ce transfert magnifique!

Par ce tendre appauvrissement
Je n'ai plus rien qui soit vraiment
Ma solitude et ma défense;
Et même quand la nuit commence,
Solitaire, avec le fardeau
De ta vague et pesante absence,
Le glissant enchevêtrement
Des sombres cheveux sur mon dos
N'appartient plus à mon repos,
Mais me rattache à toi. - Je pense
À ta suave bienfaisance,
Quand tu jettes à demi-mot,
À travers la grâce et l'offense,
Sur mon coeur bandé de sanglots,
Un chant moins long que mon écho...

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Re: Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:04

XV

S'il te plaît de savoir jusqu'où
Irait mon amour triste et fort,
Jusqu'où, dans son terrible essor,
S'avancerait, à pas de loup,
Le long de ton destin retors,
Mon besoin, mon désir, mon goût
De ta pensée et de ton corps:


Je t'aimerais même fou,
Je t'aimerais même mort!







XVI

Les mots que tu me dis ne comptent pas beaucoup,
Mais si j'ai confiance en toi,
C'est pour ce mouvement du visage et du cou
D'une tourterelle qui boit.

Tes projets quelquefois sont obscurs et divers,
Pourtant jamais tu ne te nuis;
Ton souffle dans l'espace attiédirait l'hiver,
Ton rire est le croissant des nuits.

Je ne puis m'abuser alors que tu me plais:
Que peux-tu prendre ou bien donner,
Puisque l'étonnement dont mon coeur se repaît
Est de songer que tu es né?...

sandrine jillou

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Re: Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:04

XVII

Toujours, à toutes les secondes,
Tandis qu'errante ou sous mon toit
Je suis moins moi-même que toi,
Ton corps lointain se mêle au monde!

- Je t'évoque: doux, sans orgueil,
Alternant les bonds et les pauses,
La tristesse comblant ton oeil,
Avec précaution tu poses,
(C'est dans mon songe!) sur le seuil
De mon âme amère et déclose,
Ton pas calculé de chevreuil...






XVIII

Quand la musique en feu déchaîne ses poèmes,
Quand ce noble ouragan soulève jusqu'aux cieux
Les désirs empourprés des coeurs ambitieux,
Sachant ton humble vie, et sa faiblesse même,
Moi, toujours simplement et pauvrement je t'aime...

sandrine jillou

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Re: Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:04

XIX

La pluie est cette nuit d'été
En marche à travers le feuillage;
On perçoit son léger tapage
Pointu, dansant et velouté.

- Mon coeur rêve avec fixité,
Et déborde de ton image!

J'entends, sur mon balcon étroit,
Tomber par groupe deux et trois
De ces belles larmes timides.
- Ainsi rouleraient de mes yeux
Des perles de cristal humide,
Si soudain bon, silencieux,
Dissipant la vive tristesse
Que me causent l'âme et le corps,
Tu me livrais avec paresse
(Car j'accepte tes maladresses,
Ô toi pour qui tout est effort!)
Ce baiser par quoi je m'endors...

sandrine jillou

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Re: Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:05

XX

Je crois que j'ai dû te parler
De ta personne, sans répit,
Et peut-être t'ai-je accablé
Sous tant de pampres et d'épis!

J'ai dû, offensant ton silence,
Mais d'une voix qui passait outre,
Vanter ta raison, ta constance,
Ta chaleur, ta douceur de loutre,

Et ta bonté, et ce coeur droit
Auquel tu veux m'associer...

- Mais t'ai-je assez remercié
De l'amour que j'avais pour toi?









XXI

Si je t'aime avec cet excès,
Et cette netteté aussi,
Avec cet oeil adroit qui sait,
C'est à cause de mon pays!

De mon pays lointain, antique,
L'illustre Hellade des cigales,
Où, sans doute, aux jeux olympiques,
Se mouvaient tes grâces égales;

Grâces du visage et du coeur,
Force charmante, allègre effort
D'un front qu'ennoblit de sueur
L'élan de l'âme avec le corps!

Platon, Mnasalque, Diotime,
T'eussent entouré de clameurs.
Moi je t'aime, je souffre et meurs;

- Reçois ce présent plus intime...

sandrine jillou

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Re: Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:05

XXII

Ah! j'avais bien raison de craindre

Le mol printemps et sa douceur!


- Le beau soir tiède a ta tiédeur.

Tout est humain, tout semble peindre,

Par l'azur, le rêve, l'odeur,

Ta personne.

Dans le silence

Envahissant, mouvementé,

De ce soir proche de l'été,

C'est ta grâce qui se balance.

Et le vent chaud sur le chemin

- Ô désir! mémoire! espérance! –

À la vive et secrète aisance

Des belles veines de tes mains...

sandrine jillou

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Re: Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:06

XXIII

Je n'attends pas de la Nature
Qu'elle ajoute à mon coeur fougueux
Par sa lumière et sa verdure,
Et pourtant le printemps m'émeut:

Ces mille petits paysages
Que forment les arbres légers
Gonflés d'un transparent feuillage
M'arrêtent et me font songer.

Je songe, et je vois que ton être,
Que je n'entourais que d'amour,
Me touche bien quand le pénètre
Le subit éclat des beaux jours!

Sous cet azur tu ne ressembles
Plus à toi seul, mais à mes voeux,
À ce grand coeur aventureux,
Aux voyages qu'on fait ensemble,

Aux villes où l'on est soudain
Rapprochés par le romanesque,
Où la tristesse et l'ennui presque
Exaltent le suave instinct.

– J'imagine que la musique,
La chaleur, la soif, les dangers,
Rendraient le plaisir frénétique
Dans la maison des étrangers!

Il ne serait pas nécessaire
Que tu comprisses ces besoins,
Tu pourrais languir et te taire,
Dans l'amour l'un seul a des soins.

Mais si je ne dois te connaître
Que dans un indolent séjour,
Loin des palais où les fenêtres.
Montrent les palmiers dans les cours,

Loin de ces rives chaleureuses
Où, les nuits, les âmes rêvant
Prennent, dans l'ardeur amoureuse,
Les cieux constellés pour divan,

Si jamais, - bonheur de naguère,
Enfance! attente! volupté! -
Nous ne goûtons la joie vulgaire
Et tendre, dans les soirs d'été,

De voir que flamboie et fait rage
La foire dans un petit bourg,
Et que le cirque et son tapage
Viennent s'immiscer dans l'amour,

Je me bornerai à ta vie,
Aux limites de tes souhaits,
Repoussant le dieu qui convie
À fuir la tendresse et la paix...

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Re: Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:07

XXIV

Je ne t'aime pas pour que ton esprit
Puisse être autrement que tu ne peux être
Ton songe distrait jamais ne pénètre
Mon coeur anxieux, dolent et surpris.

Ne t'inquiète pas de mon hébétude,
De ces chocs profonds, de ma demi-mort;
J'ai nourri mes yeux de tes attitudes,
Mon oeil a si bien mesuré ton corps,

Que s'il me fallait mourir de toi-même,
Défaillir un jour par excès de toi,
Je croirais dormir du sommeil suprême
Dans ton bras, fermé sur mon être étroit...








XXV XXVI

Le silence répand son vide;
Le ciel, lourd d'orage, est houleux;
On voit bouger, tiède et limpide,
Le vent dans un mimosa bleu.

Prolongeant sa douceur étale,
Le jour ressemble aux autres jours;
Un craintif et secret amour
Rêve,sans ouvrir ses pétales.

– Ainsi, pour longtemps en jouir,
La Hollande, en ses vastes serres,
Par des blocs de glace resserre
Les tulipes qui vont s'ouvrir...

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Re: Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:07

XXVI

Matin, j'ai tout aimé, et j'ai tout trop aimé;
À l'heure où les humains vous demandent la force
Pour aborder la vie accommodante ou torse,
Rendez mon coeur pesant, calme et demi-fermé.

Les humains au réveil ont besoin qu'on les hèle,
Mais mon esprit aigu n'a connu que l'excès;
Je serais tel qu'eux tous, Matin! s'il vous plaisait
De laisser quelquefois se reposer mon zèle.

C'est par mon étendue et mon élan sans frein
Que mon être, cherchant ses frères, les dépasse,
Et que je suis toujours montante dans l'espace
Comme le cri du coq et l'ouragan marin!

L'univers chaque jour fit appel à ma vie,
J'ai répondu sans cesse à son désir puissant
Mais faites qu'en ce jour candide et fleurissant
Je demeure sans voeux, sans voix et sans envie.

Atténuez le feu qui trouble ma raison,
Que ma sagesse seule agisse sur mon coeur,
Et que je ne sois plus cet éternel vainqueur
Qui, marchant le premier, sans prudence et sans peur,
Loin des chemins tracés, des labours, des maisons,
Semble un dieu délaissé, debout sur l'horizon...

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Re: Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:07

XXVII

Je possédais tout, mais je t'aime
Mon être est par moi déserté;
Je vis distante de moi-même,
Implorant ce que j'ai été:

Songe à cette mendicité!

Est-ce ta voix ou ton silence,
Ou bien ces indulgents débats
Où, répétant ce que tu penses,
Je t'induis en tes préférences
Afin de suivre tous tes pas,
Qui me font, avec confiance,
Affirmer notre ressemblance,

Ô toi que je ne connais pas?...






XXVIII

On m'a parlé ce soir des villes savoureuses
Qui sur les mers du Sud rêvent indolemment,
Répandant leur odeur de rose et de piment,
Sans connaître leur prix, sans se savoir heureuses!

Tu ressembles souvent, dans ton charme attristé,
À l'ignorant bonheur de ces rêveuses villes,
Toi qui fais émaner la chaude volupté
De ton être évasif, distrait, triste et tranquille...

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Re: Anna De Noailles:Poème De L’Amour.

Message par sandrine jillou le Dim 9 Mai - 23:08

XXIX

L'automne a lentement mouillé les paysages;
Son humide tristesse en mon coeur s'insinue.
La nature, pourtant, ne peut me sembler nue.
Puisque en elle, au lointain, respire ton visage.

Je reproche à mes yeux de se sentir déçus
Par la légère pluie enserrant l'univers.
Mais l'été fut plaintif. Bientôt voici l'hiver.
Et je me sens mourir, car je n'ai pas reçu
Les seuls dons que mon coeur hanté se représente:
Mon épaule meurtrie, et ta tête, pesante...






XXX


Ce n'est pas lorsque tu semblais
Indifférent, distrait et morne,
Que mon âme se dépeuplait
De sa ténacité sans borne.

- Mais parfois plus doux, plus aimant,
Riant, reprenant confiance
Et me regardant clairement,
Tu me tuais par l'espérance...

sandrine jillou

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